Avr 082008
 

La bataille de Sekigahara (shinjitai: 関ヶ原の戦い; Kyûjitai:  關ヶ原の戰ひ, Sekigahara no Tatakai), populairement connu sous le nom de Tenka Wakeme no Tatakai textuellement “la bataille qui décide du vainqueur” (天下分け目の戦い, Tenka Wakeme no Tatakai), mal traduit par “la bataille qui décida de l’avenir du pays” ou aussi en anglais “realm divide”, était un bataille décisive qui eut lieu le 21 octobre 1600 qui permis d’ouvrir le chemin du shogunat à Tokugawa Ieyasu.

Sekigahara ( 関ヶ原町, Sekigahara-chô) est une ville localisée dans le district de Fuwa, dans la préfecture de Gifu au Japon (En 2003, la ville a une population estimée à 8802 habitants et une densité de 178,58 personnes au kilomètre carré, pour une surface totale de 49,29 kilomètres carrés.


Localisation de Sekigahara

Tokugawa Ieyasu (徳川 家康, 31 janvier 1543 – 1 juin 1616) est le fondateur et le premier shogun du shogunat Tokugawa (Tokugawa bakufu -徳川幕府- appelé aussi Edo bakufu -江戸幕府)qui dirigea le Japon à partir de la bataille de Sekigahara en 1600 jusqu’à la restauration Meiji en 1868.
Tokugawa Ieyasu conquit le pouvoir en 1600, et reçu le titre de Shogun en 1603, il abdiqua du titre en 1605 mais resta au pouvoir jusqu’à sa mort en 1616. Bien qu’à l’issu de la bataille de Sekigahara il lui pris trois ans de plus pour consolider sa position et son pouvoir sur le clan Toyotomi et le daimyo (大名), Sekigahara est largement considérée comme étant le début unofficiel du tokugawa bakufu, le dernier shogunat à controler le Japon.
Elle marque la fin de l’époque Sengoku et le début de l’époque d’Edo

Passé et Prétexte

Si l’Empereur est l’autorité spirituelle et le souverain incontesté du peuple japonais, c’est le Shogun, le généralissime, qui tient véritablement les rennes du pouvoir au Japon depuis le XII° siècle. Son gouvernement, le Bakufu, exerce son autorité sur la caste guerrière et dominante des Samouraï. Plusieurs dynasties de Shoguns se sont succédées au fil des décades jusqu’à la famille Ashikaga, dont le déclin annonce la venue d’un nouvel âge sombre : Le Sengoku-Jidaï, l’ère des seigneurs de la guerre.
En cette fin du XVI° siècle, une poignée de Daimyôs, qui règnent sur les puissants clans de l’Empire, a considérablement accru son influence et sa richesse. Chacun d’entre eux brûle de marcher sur Kyoto, la capitale, pour s’y faire décerner la charge convoitée de Shogun des mains de Sa Majesté Impériale. Mais aucun ne veut prêter le flanc à une attaque de ses ambitieux rivaux dans la course au pouvoir. Tous s’épient, et s’épuisent en querelles intestines vaines et sanglantes. Le Japon est ravagé par la guerre

Depuis plusieurs années déjà, le rôle de Shogun était très convoité par plusieurs daimyos influents du Japon. Oda Nobunaga ( 織田 信長, 23 juin 1534 – 21 juin 1582), petit seigneur de la région de Nagoya conquit un fief important et destitua le Shogun en le faisant exiler en 1568. Alors qu’il voulait rétablir l’unification politique du Japon il mourut victime d’une révolte de l’un de ses lieutenant en 1582. C’est alors qu’un autre de ses lieutenant de modeste origine, Toyotomi Hideyoshi (豊臣 秀吉, 2 février 1536 ou 26 mars 1537 – 18 septembre 1598), un simple soldat élevé au faîte de la gloire par Nobunaga qui avait décelé en lui l’étoffe d’un stratège hors pair, succède à son défunt suzerain, écartant le fils héritier des Oda, tacha d’achever son oeuvre en 1590. Il entreprit ensuite l’unification économique et administrative du Japon (désarmement des paysans, encouragement du commerce…). Afin de protéger l’expansion japonaise, il lança en 1592 et 1597 son armée en Corée. Il mourut en 1598 alors que les Ming écrasaient ses troupes en Corée, laissant ainsi derrière lui un jeune successeur, Hideyori (豊臣 秀頼, 1593 – 5 juin 1615, sa mère Dame Yodo était la nièce de Oda Nobunaga), à 5 tuteurs.
Bien qu’Hideyoshi Toyotomi  unifia le Japon succédant à son seigneur Oda Nobunaga (織田 信長, 23 juin 1534 – 21 juin 1582) et consolida sa puissance après le siège de Odawara en 1590 (Odawara seibatsu, 小田原征伐, campagne destinée à éliminer le puissant clan Hôjô, Go-Hôjô-shi -後北条氏-), sa tentative d’invasion avorté de la Corée a beaucoup affaiblit la puissance du clan Toyotomi ainsi que les vassauts et bureaucrates qui continuaient à aider et servir le clan Toyotomi après la mort d’Hideyoshi. La présence d’Hideyoshi et de son frère Hidenaga (豊臣秀長, 1540 – 1591) a toujours permis d’empêcher les deux parties d’aller plus loin que de simples querelles, mais quand tous les deux décédèrent, les hostilités s’exacerbèrent et les conflits mineurs dégénérèrent et se développèrent en guerre. Comme le clan Toyotomi était connu pour être de descendance paysanne, ni Hideyoshi ni son héritier Hideyori auraient pu être reconnu comme Shogun.

Plus notablement, Katô Kiyomasa( 加藤清正, 25 juillet 1562 – 2 août 1611), un daimyô) et Fukushima Masanori(福島正則, 1561-1624), un samurai faisant partie des 7 lances de Shizugatake(賤ヶ岳の七本槍, Shizugatake no shichi-hon-yari, le top des généraux de Toyotomi)  furent très critiques vis à vis des bureaucrates, spécialement Ishida Mitsunari(石田三成 1560 – 6 novembre 1600), un samurai chef des bureaucrates dans le gouvernement des Toyotomi, et Konishi Yukinaga(小西行長, 1555 – 6 novembre 1600) un daimyô chrétien. Tokugawa pris avantage de cette situation et recruta les deux premiers, redirigeant l’animosité pour affaiblir le clan Toyotomi.


Le Japon et les clans

Début

Tokugawa n’était plus concurrencé que ce soit en terme d’âge, de rang, de réputation ou surtout en terme d’influence dans le clan Toyotomi depuis la mort  du Régent Maeda Toshiie (前田利家, 15 janvier 1539 – 27 avril 1599, un général fidèle de Oda Nobunaga).
Le nom de naissance de Toshiie était “Inuchiyo” (犬千代). Son arme préférée était la yari et il était connu sous le nom “Yari no Mataza” (槍の又左), Matazaemon (又左衛門) devenant son nom usuel. Le plus haut rang de la court qu’il reçu fut celui de Grand Conseiller Dainagon (大納言)

Les rumeurs commencèrent à se répandre expliquant que Ieyasu, à ce point le seul allié vivant de Oda Nobunaga, allait s’emparer de l’héritage des Toyotomi de la même façon que l’héritage des Nobunaga fut pris. Ce qui était spécialement évident parmis les bureaucrates loyaux aux Toyotomi, qui suspectaient Ieyasu de semer des troubles parmis les anciens vassaux des Toyotomi.

Plus tard, une supposée conspiration pour l’assassinat de Ieyasu fit surface et de nombreuses personnes loyales aux Toyotomi, dont Toshinaga ( 前田利長, 15 février 1562 – 27 juin 1614, Toshinaga épousa une fille de Oda Nobunaga) le fils de Toshiie, furent accusés d’y avoir pris part  et furent forcés de se soumettre à l’autorité de Ieyasu. Malgrè tout Uesugi Kagekatsu(上杉景勝, 8 janvier 1556-19 mars 1623, à la fin du conflit Uesugi Kagekatsu déclarare allégeance à Ieyasu et prendra part à l’attaque contre le clan Toyotomi au siège d’Osaka en 1614-1615), un des régent de Hideyoshi, défia Ieyasu en développant sa force militaire. Lorsque Ieyasu le condamna officiellement et lui demanda de venir à Kyoto pour s’expliquer devant l’empereur, Naoe Kanetsugu, le grand chamberlan de Uesugi Kagekatsu (直江兼続, 1560-23 janvier 1620) répondit avec une contre condamnation dont le contenu se moquait des abus de Ieyasu et des violations des régles de Hideyoshi, à un point que Ieyasu fut furibond.

Après cela, Ieyasu invoqua l’aide de divers supporters et les emmena vers le Nord pour attaquer le clan Uesugi, qui a ce moment là assiégeait Hasedô, mais Ishida Mitsunagi, attrapant l’opportunité, en réponse, créa et développa une alliance  pour affronter les supporters de Ieyasu, saisissant plusieurs daimyô en otage au chateau d’Osaka.

Ieyasu laissa alors quelques forces dirigées par Date Masamune ( 伊達 政宗, 5 septembre 1567 – 27 juin 1636, très célèbre pour son oeil en moins, il fut appelé dokuganryû :独眼竜 “le dragon à un oeil”) , pour garder Uesugi en vue et se dirigea vers l’ouest pour se confronter aux forces de l’ouest. Peu de daimyos, comme le très notable Sanada Masayuki (真田昌幸, 1544/1547? – 13 juillet 1611, un vassal de la famille Takeda) quittèrent l’alliance d’Ieyasu pour rejoindre celle de Ishida Mitsunari, mais la plupart, ayant une dent contre Mitsunari ou étant loyaux à Ieyasu, restèrent avec lui.

La Bataille

Ishida Mitsunari, dans son chateau de Sawayama(佐和山城, Sawayama-jô, un chateau de la ville de Hikone, dans la préfecture de Shiga), rencontre Otani Yoshitsugu(大谷吉継, 1559 – 1600), Mashita Nagamori(増田 長盛, 1545 – 23 juin 1615, appelé aussi Niemon: 仁右衛門 ou Uemon-no-jyo: 右衛門尉) et Ankokuji Ekei (安國寺惠瓊, 1539 – 1600). Là ils  forgent l’alliance et invitent Mori Terumoto, qui ne prend pas part à la bataille, d’être à leur tête. Au cours du mois de juin 1600, les deux grands partis se rassemblent et se jaugent. Les puissants clans Mori, Uesugi, Otani, Kobayakawa, Ukita et Chosokabe rejoignent l’alliance loyaliste tandis que Ieyasu mobilise ses vassaux et leurs troupes.

Bientôt, on ne parle plus que de l’Armée de l’Est, à la solde des Tokugawa, et de l’Armée de l’Ouest, redoutable confédération de familles fidèles à Hideyori mais néanmoins divisées par de profondes rivalités. Ce sont deux systèmes qui s’apprêtent à se mesurer l’un à l’autre. Celui de l’honneur, du panache fondé sur l’obsolète loyauté à la seule autorité du clan à l’Ouest ; face au pragmatisme et à la discipline imposée par un pouvoir centralisateur et absolu à l’Est : Un tigre de papier face à un jeune loup.

Ainsi Ishida Mitsunari, déclare officiellement la guerre à Ieyasu et tint le siège du chateau Fushimi ( 伏見城, Fushimi-jô, aussi appelé chateau Momoyama , 桃山城, Momoyama-jô, un chateau de Kyoto construit par Toyotomi Hideyoshi de 1592 à 1594), une garnison des Tokugawa  gardée par Torii Mototada (鳥居元忠, 1539-8 septembre 1600, le suicide de Mototada est un des seppuku les plus célèbres au Japon), le 19 juillet. Après coup, les forces de l’ouest capturent de nombreux avant-postes  des Tokugawa dans la région de Kansai et en une mois, les forces de l’ouest progressèrent dans la région de Mino où  se trouvait Sekigahara.

Durant les mois de juillet et d’août, le plan des loyalistes fonctionne à merveille. Ieyasu sait que pour espérer vaincre des adversaires en large surnombre, il n’a pas d’autre choix que de concentrer ses forces, ne laissant derrière lui que des garnisons insuffisantes pour tenir ses places fortes. Celles-ci tombent les unes derrière les autres aux mains de l’Armée de l’Ouest.

De retour à Edo, Ieyasu reçoit les nouvelles de la situation dans le Kansai et décide de déployer ses forces. Il  soudoie des anciens daimyô des Toyotomi engagé parmis les forces de l’ouest alors qu’il divise ses troupes et  marche vers l’ouest sur le Tôkaidô ( 東海道) en direction du chateau d’Osaka(大坂城・大阪城, ôsaka-jô, dont la construction commença en 1583 par la demande de Toyotomi Hideyoshi et se termina en 1598).
Le fils d’Ieyasu Hidetada (徳川秀忠, 2 mai 1579—14 mars 1632) conduit un autre groupe à travers Nakasendô. Pourtant les forces d’Hidetada s’embourbent alors qu’il s’apprête à assiéger le Chateau Ueda de Sanada Masayuki. Bien que les forces de Tokugawa comptent quelques 38000 hommes, écrasant les 2000 hommes de Sanada, ils ne sont pas capable de prendre  cette position stratégique si bien défendu. Au même moment, Une troupe de Toyotomi de 15000 hommes sont retenus au Chateau de Tanabe dans la province de Wakayama par Hosokawa Fujitaka et ses 500 hommes. Parmis les 15000 hommes des Toyotomi, certains respectent tellement Hosokawa, qu’ils ralentissent leur avancé intentionnellement. Ces deux incidents a pour résultat qu’un grand nombre des hommes de Tokugawa et Toyotomi ne se montreront au champ de bataille de Sekigahara.

Au début de septembre, il jugule l’offensive des Uesugi, puis les Tokugawa font volte-face et se portent vers Osaka à marche forcée, espérant prendre de vitesse Ishida Mitsunari avant que l’ensemble des contingents occidentaux ne fasse leur jonction.
Trop confiant en sa supériorité numérique théorique, le commandant en chef de l’Ouest poursuit sa progression sans attendre les renforts des clans Mori et Chosokabe. En sachant que Ieyasu se dirigeait vers Osaka, Ishida Mitsunari décida d’abandonner sa position et marcha vers Sekigahara.

Le 15 septembre, les deux côtés commencent à déployer leurs forces. L’armée de l’est de Ieyasu a plus de 80000 hommes alors que l’armées de l’ouest de Ishida Mitsunari compte plus de 100000 hommes.


position des différentes factions (cliquer pour aggrandir)

La chute de l’armée de l’ouest

Le jour se lève enfin sur un champ de bataille détrempé par une pluie battante. Sous l’effet des premiers rayons du soleil, une épaisse brume de terre s’élève, masquant les positions respectives des deux camps.
A l’aube, des escadrons de cavalerie des deux avant-gardes entrent en contact. Les brèves escarmouches se dispersent dans le brouillard. Quand celui-ci se dissipe, deux formidables armées se font face.
Les forces en présence sont de valeur équivalente : un peu plus de 80 000 combattants de part et d’autre, des soldats pour la plupart aguerris par les guerres civiles et les campagnes de Corée, encadrés par d’excellents et prestigieux officiers, dont beaucoup sont les vétérans de décennies de combats sanglants.

Les diables rouges d’Ii Naomasa, troupes de choc des Tokugawa revêtus d’armures écarlates, lancent une charge fulgurante qui se brise contre les avant-postes des Shimazu au Nord. Au centre, une marée hurlante de Samouraï arborant la bannière de Fukushima Masanori prend d’assaut les contreforts tenus par les loyalistes des clans Ukita et Konishi, aux ordres du seigneur chrétien Yukinaga. Quant au Sud, occupé par les Shima et les Gamo, il voit déferler les bataillons de Kuroda Nagamasa et Hosokawa Tadaoki, deux fidèles capitaines de Ieyasu. Le second a une bonne raison de laisser libre cour à sa rage : Quelques jours auparavant, son épouse, Gracia, une japonaise baptisée, s’est donnée la mort en se précipitant dans les flammes de sa propre demeure à Osaka, alors que les hommes d’Ishida Mitsunari tentaient de la prendre en otage afin de faire plier le Daimyô des Hosokawa. Il en allait souvent ainsi à cette époque tourmentée.

Bien que l’armée de l’ouest a un formidable avantage tactique, Ieyasu contacte plusieurs daimyô du  côté de l’ouest, leur promettant des terres et l’indulgence après la bataille s’ils changent de camp. Ce qui a  pour effet que certains commandants des armées de l’ouest prenant des positions clefs hésiteront lorsqu’ils seront pressés d’envoyer des renforts ou de se joindre à la bataille en cours.

Mori Hidemoto ( 毛利 輝元, 22 janvier 1553 – 27 avril 1625) et Kobayakawa Hideaki(小早川秀秋, 1577 – 1 décembre 1602) sont deux de ces daimyô. Ils sont dans une telle position que s’ils  décident de cerner les forces de l’est, ils encercleront Ieyasu de trois côtés. Hidemoto, secoué par  la promesse de Ieyasu, persuade aussi Kikkawa Hiroie (吉川広家, 7 décembre 1561-22 octobre 1625) de ne pas prendre part à la bataille.

Pendant ce temps, de l’autre côté du Mont Nangu, une éminence qui ferme l’accès Ouest à la plaine, les troupes du Han Mori marquent le pas et tardent à faire mouvement. Au cours de la matinée, les défenses loyalistes tiennent bon. Les forces des Tokugawa ne parviennent pas à ouvrir une brèche dans le dispositif fortifié ennemi. Ieyasu, qui garde la mainmise sur un imposant corps de 30 000 hommes, n’ose pas engager ces réserves tactiques pour tenter d’infléchir la situation. Il jette des regards angoissés et dubitatifs vers les collines au Sud, où les armées du jeune Kobayakawa Hideaki demeurent l’arme au pied, au mont Matsuo (松尾山, Matsuo-yama, un montagne de 687 mètres à Sasayama, Hyôgo, appelé aussi Mont Kosen-ji).

Nul ne sait encore que le seigneur des Kobayakawa a secrètement juré allégeance à Ieyasu, et lui a promis de rallié sa bannière au signal convenu. Mais devant l’incapacité des Tokugawa à prendre un avantage décisif, Hideaki, tout juste âgé de 19 ans, est déchiré par le doute : Et s’il avait misé sur le mauvais parti ? Si Ieyasu était vaincu, qu’adviendrait-il de lui ?
« A félon, un sermon n’est rien », dit l’adage. Sans doute est-ce la formule que le suzerain des Tokugawa rumine alors rageusement.

A cette heure, Ukita Hideie informe le commandant en chef de l’Armée de l’Ouest que ses troupes sont en formation pour lancer une contre-offensive susceptible de changer le cours de la confrontation. Ishida Mitsunari fait prévenir ses autres alliés : il souhaite un assaut général sur toute la ligne de front.
Las, la division fait à nouveau sa besogne de sape. Le fier Shimazu, blessé dans son orgueil d’avoir vu sa recommandation stratégique écartée la veille au soir, refuse d’obéir aux ordres et campe sur ses positions au Nord. Kobayakawa fait la sourde oreille, et pour cause ! Quant aux Mori, censés refermer la tenaille à l’Est, ils ne donnent aucun signe d’être disposés à se battre.
Il est midi, le soleil est haut, la bataille fait rage depuis déjà quatre heures. Ishida Mitsunari perd l’initiative et laisse passer sa chance de l’emporter. C’est le tournant de la journée.

Ieyasu sent alors le vent tourner. Sa remarquable acuité lui permet de saisir dans l’indécision de ses adversaires la formidable opportunité qui s’offre à lui. Il fait enfin donner ses nombreuses réserves, et ouvrir le feu à un détachement d’arquebusiers sur les rangs du jeune seigneur Hideaki, le pressant ainsi de tenir parole.
Aiguillonné par la vaste manœuvre des armées Tokugawa, Kobayakawa engage bientôt le combat contre le flanc droit de l’Armée de l’Ouest. L’alliance a vécu. Le traître et ses 20 000 partisans fondent sur le contingent encerclé du clan Otani. Celui-ci est littéralement taillé en pièces. Assistant impuissant au massacre de ses valeureux guerriers par les félons, leur brave Daimyô Yoshitsugu, opiniâtre lépreux venu en palanquin, ordonne à l’un de ses lieutenants de lui trancher la tête au terme de son seppuku, de sorte que celle-ci ne tombe pas aux mains de l’ennemi. Celui-ci s’exécute. Le chef du vaillant Otani ne sera jamais retrouvé. Peut-être gît-il toujours sous cette terre de gloire et de carnage.


arquebuses utilisées lors de la bataille de Sekigahara

En une heure, les lignes cèdent et sont enfoncées de toutes parts. Au Sud, le véritable feu roulant des transfuges aux ordres de Kobayakawa gagne sur le centre, tenu par Ukita et Konishi qui résistent encore.
Au Nord, après la mort au combat de leur commandant en second, les Shimazu s’efforcent de se replier, abandonnant à leur sort les capitaines du clan Toyotomi, les prestigieux généraux du défunt Taïko Hideyoshi. Pris sous le feu nourri des Kuroda, des Hosokawa et des Ii, les corps loyalistes subissent des pertes effroyables.
A l’autre bout du champ de bataille, il est trop tard pour que les Mori ouvrent un second front à l’arrière : leur marche est entravée par une nouvelle défection, celle de la famille Kikkawa.

A compter de la seconde heure de l’après-midi, la défaite des armes tournent à la déroute complète pour l’Armée de l’Ouest menacés dès lors d’anéantissement total.
Seules les forces des clans Ishida et Konishi réussissent à faire retraite en bon ordre, tandis que les autres alliés se dispersent et fuient en direction des montagnes, tentant d’emboîter le pas des bataillons qui maintiennent tant bien que mal un semblant de formation.
Hokkoku Kaïdo, la grande route du Nord, est encombrée de fuyards aux abois, pourchassés par les cavaliers Tokugawa qui fauchent les têtes comme du blé mûr.
Ieyasu peut savourer sa victoire écrasante. Il est maître du terrain, et régnera avant peu sur le Japon tout entier.
La bataille est très incertaine, et dure plus de 24 heures. C’est la défection du clan Kobayakawa en faveur de  Tokugawa Ieyasu qui a fait basculer le sort de l’affrontement dans l’après-midi du 21 octobre.

Au soir du 21 octobre, tout est consommé. Des milliers de cadavres cuirassés jonchent la plaine. Les fidèles vassaux du vainqueur rejoignent en majesté la tente de commandement. Kuroda Nagamasa, à qui Ieyasu attribuera le plus grand mérite, mène la cohorte. Le félon Kobayakawa Hideaki, sombre et silencieux, les rejoint en cours de soirée.
Devant cette assemblée redoutable défilent des centaines de têtes tranchées, macabres trophées arrachés à l’ennemi selon la cruelle coutume des guerriers Samouraï. Enfin Hidetada, le fils du suzerain des Tokugawa, retenu inopportunément au siège du château d’Ueda, retrouve son père à la mine sévère. Le dernier acte s’est joué sans lui et ses troupes. Ieyasu ne lui pardonnera cette faute, qui aurait pu conduire le clan à sa perte et ruiner tous ses efforts, que bien des années plus tard.

Ieyasu avait fait saisir les 18 canons du navire hollandais le Liefde (navire du navigateur anglais William Adams  échoué au Japon en 1600), dont les boulets, selon un observateur espagnol, n’ont pas cessé de tomber sur les rangs  ennemis durant la bataille. La présence de l’anglais au Japon a aussi joué en faveur des Tokugawa.


représentation de la bataille en estampes

Ascension du Shogunat Tokugawa

Les pertes sont très lourdes de part et d’autre : le combat fût des plus sanglants. Sekigahara consacre néanmoins l’habileté politique et militaire de Tokugawa Ieyasu. Les partisans de Hideyori, l’héritier de Toyotomi Hideyoshi, sont tués ou défaits, égayés aux quatre vents tels des fugitifs, leurs familles saignées à blanc et bientôt accablées de taxes shogunales qui leur ôteront toute velléité de nouvelle rébellion.
Quelques mois après, celui qui détient désormais le pouvoir suprême redistribue les cartes, privant ses impudents adversaires d’hier de leurs fiefs prospères pour les offrir en gage de gratitude à ses plus loyaux capitaines.

Tokugawa Ieyasu redistribua donc les terres et les fiefs des belligérents, généralement récompensant ceux qui l’ont aidé  et déplaçant, punissant ou exilant ceux qui ont combattu contre lui. En faisant cela, il gagna le controle d’une  grande partie des anciens territoires des Toyotomi. Suivant l’exécution publique de Ishida Mitsunari, Konishi  Yukinaga et Ankokuji Ekei, l’influence et la réputation du clan Toyotomi et des vassals loyaux diminua  drastiquement.

Du point de vue du clan Toyotomi, techniquement, la bataille était seulement un conflit interne entre des vassaux  des Toyotomi. Cette vision des faits a été affaibli cependant, parce que Ieyasu fut plus tard promu Shogun, une  position qui fut vacante depuis la chute du Shogunat Ashikaga 27 années plus tôt. Ce changement  de rang officiel,  renversa aussi la position de subordination du clan Tokugawa, en reléguant le clan Toyotomi au rang de de  subordonné du clan Tokugawa (au lieu de l’inverse). Dans tous les cas, Ieyasu ne gagna aucun casus belli à prendre  des actions contre le clan Toyotomi affaibli; plutôt, au contraire ça lui aurait pris plus de manoeuvres politiques  pour détruire Hideyori une fois pour toute.

les graines de discorde

Alors que de nombreux clans étaient satisfaits avec leur nouveau statut, il y eu de nombreux clan, spécialement  ceux du côté de l’armée de l’ouest qui devinrent amer à propos de leur dépacement ou de ce qu’ils prenaient comme  une défaite déshonorante ou une punition. Trois clans en particulier ne prirent pas les retombées de Sekigahara à  la légère:

– Le clan Mori, dirigé par Mori Terumoto, conserva des griefs importants contre le Shogunat Tokugawa pour avoir  été déplacé de leur fief, Aki, et d’avoir été relogés dans le domaine de Chôshû, même si le clan n’avait pas pris  part du tout à la bataille.

– Le clan Shimazu ( 島津氏, le fondateur Shimazu Tadahisa était un fils du Shogun Minamoto no Yoritomo (1147-1199)), dirigé par Shimazu Yoshihiro, a tenu pour responsable de la défaite la pauvreté de ses  services de renseignement, et bien qu’ils ne furent pas déplacés de leur province de Satsuma (薩摩国, Satsuma-no Kuni), ils ne devinrent pas  complètement loyaux au shogunat Tokugawa non plus. En prenant avantage de la longue distance entre Edo et l’île de  Kyushu autant que ses service d’espionnage améliorés, le clan Shimazu démontra qu’il était virtuellement un royaume  autonome indépendant du shogunat Tokugawa jusqu’à ses derniers jours.

– Le clan Chosokabe, dirigé par Chosokabe Motochika, eut ses titres et et son domaine de Tosa retirés et fut  envoyé en éxile. Les anciens domestiques des Chosokabe ne purent jamais se soumettre aux régles de la nouvelle  famille dirigeante, qui fit une distinction entre ses propres domestiques et les anciens domestiques du clan  Chosokabe, leur donnant un statut moins important aussi bien que des traitements discriminatoires. Cette  distinction de classe continua pendant des générations, bien après la chute du clan Chosokabe.

Les descendants de ces trois clans collaborèront durant deux siècles à faire tomber le shogunat Tokugawa, conduisant à  la restauration Meiji.

Ere Edo

En 1603, soit trois années après la victoire, l’Empereur Go-Yozeï gratifie Ieyasu du titre de Shogun. Un nouvel âge commence, sous l’implacable mais juste férule des Tokugawa : la dernière, la plus célèbre et la plus puissante dynastie de Shoguns que l’Empire ait jamais connues s’empare des rennes du Japon.


la rose trémière, symbole des Tokugawa

Miyamoto Musashi

– Selon la tradition, le légendaire kensei Miyamoto Musashi était présent à la bataille parmis les rangs de  l’armée Ukita Hideie (宇喜多秀家, 1573-17 décembre 1655). On suppose qu’il a combattu et s’est enfuit après la défaite de Hideie sans aucune blessure.  Que cela soit un fait ou un mythe est inconnu, Musashi avait environ 16 ans à ce moment.

Apparition dans la culture populaire

– Cette bataille est la scène de combat principale du film “Sengoku jieitai 1549” (2005). Le film révèle aussi  certains personnages principaux et la situation politique, bien qu’elle soit un peu perverti par l’intrigue du  film.
– Cette bataille figure de façon primordiale dans la série animée et le manga “Samurai Deeper Kyo”
– La bataille apparait dans les jeux vidéos “Kessen” et “Samurai Warriors 2” sur playstation 2. Chacun des jeux  possède des scénarios variés avec des fin alternatives, et dans l’un d’eux, le courant de la bataille tourne en  faveur de l’armée de l’ouest.
– Cette bataille est aussi un introduite dans le jeu “Age of Empire III: Les dynasties Asiatiques”, comme  élément de campagne japonaise.
– Cette bataille aparait dans le jeu pour PC “Shogun: Total War” comme une des batailles historique
– Dans le film Azumi, la bataille de Sekigahara est un élément d’intrigue majeur
– Le roman “Shogun” de James Clavell, décrit les évènements qui ont conduit à cette bataille, bien que le roman  ne fait allusion à la bataille elle-même que dans deux petits paragraphes.
– La mini-séries “Musashi” de 2003 commence avec un jeune Miyamoto Musashi énerge de dessous un tapis de  cadavres à la fin de la bataille. Le manga “Vagabond” commence aussi avec une scène similaire.
– Dans le film “Samurai I” de 1954, produit par Hiroshi Inagaki, le début du film implique la grande bataille,  et Miyamoto Musashi est joué par l’acteur légendaire Toshiro Mifune.
– La bataille est aussi présentée dans les épisodes “Shogun” de la séries de BBC 2 “Heroes and Villains”.
– La bataille est souvent romancée dans le manga “Miyamoto Usagi”, dans de nombreux chapitres, puisque le héro  y a participé dans sa jeunesse et y a perdu son seigneur.
   
Commandants des armées de l’Est (Forces de Tokugawa)
– Tokugawa Ieyasu, 徳川家康, 31 janvier 1543 – 1er juin 1616,  – 30000 hommes
– Maeda Toshinaga, 前田利長, 15 février 1562 – 27 juin 1614
– Date Masamune, 伊達政宗, 5 septembre 1567 – 27 juin 1636
– Kato Kiyomasa, 加藤清正, 25 juillet 1562 – 2 aout 1611 – 3000 hommes
– Fukushima Masanori – 6000 hommes
– Hosokawa Tadaoki, 細川忠興, 28 novembre 1563 – 18 janvier 1646 – 5000 hommes
– Asano Yukinaga, 浅野幸長, 1576 – 9 octobre 1613 – 6510 hommes
– Ikeda Terumasa, 池田輝政, 31 janvier 1565 – 16 mars 1613 – 4560 hommes
– Kuroda Nagamasa, 黒田長政, 1568-1623 – 5,400 hommes
– Kato Yoshiaki, 加藤嘉明, 1563 – 1631 – 3000 hommes
– Tanaka Yoshimasa – 3000 hommes
– Tôdô Takatora, 藤堂高虎,  16 février 1556 – 9 novembre 1630 – 2490 hommes
– Mogami Yoshiaki, 最上義光, 1544 – 29 novembre 1614
– Yamauchi Katsutoyo, 山内一豊(やまうち かつとよ), aussi écrit Yamanouchi, 1545/1546 – 1 novembre 1605 – 2058 hommes
– Hachisuka Yoshishige, 蜂須賀至鎮, 20 février 1586 – 29 mars 1620
– Honda Tadakatsu, 本多忠勝, 1548 – 3 décembre 1610, aussi appelé Honda Heihachirô (本多平八郎) – 500 hommes
– Terasawa Hirotaka – 2400 hommes
– Ikoma Kazumasa, 生駒一正, 1555-11 mai 1610 – 1830 hommes
– Ii Naomasa, 井伊直政, 4 mars 1561 – 24 mars 1602 – 3600 hommes
– Matsudaira Tadayoshi – 3000 hommes
– Oda Nagamasu, 織田長益, 1548 – 1622, aussi connu sous le nom Urakusai (有楽斎), le frère de Oda Nobunaga – 450 hommes
– Tsutsui Sadatsugu, 筒井定次, 1562-1615 – 2850 hommes
– Kanamori Nagachika, 金森長近, 1524-20 septembre 1608 – 1140 hommes
– Tomita Nobutaka
– Furuta Shigekatsu, 古田重勝, 1561-1600 – 1200 hommes
– Wakebe Mitsuyoshi
– Horio Tadauji, 堀尾忠氏, 1578 – August 8, 1604
– Nakamura Kazutada
– Arima Toyouji – 900 hommes

Commandants des armées de l’Ouest (Forces de Ishida)
– Mori Terumoto, 毛利輝元, 22 janvier 1553 – 27 avril 1625, (Chef officiel de l’alliance) – (non présent)
– Uesugi Kagekatsu, 上杉景勝, 8 janvier 1556-19 mars 1623
– Maeda Toshimasa, 前田利昌, ? – 4 aout 1560 (frère de Maeda Toshinaga, 前田利長, 15 février 1562 – 27 juin 1614)
– Ukita Hideie, 宇喜多秀家, 1573-17 décembre 1655 – 17000 hommes
– Shimazu Yoshihiro, 島津義弘, 21 aout 1535-30 aout 1619 – 1500 hommes
– Kobayakawa Hideaki, 小早川秀秋, 1577 – 1 décembre 1602, neveu de Toyotomi Hideyoshi (battu) – 15600 hommes
– Ishida Mitsunari, 石田 三成 1560 – 6 novembre 1600 (Chef de l’alliance de facto) – 4000 hommes
– Konishi Yukinaga, 小西 行長, 1555 – 6 novembre 1600, un autre daimyô chrétien – 4000 hommes
– Mashita Nagamori, 増田 長盛, 1545 – 23 juin 1615
– Ogawa Suketada, 小川祐忠, 1549 – 1601 (battu) – 2100 hommes
– Otani Yoshitsugu, 大谷吉継, 1559 – 1600, – 600 hommes
– Wakisaka Yasuharu, 脇坂安治, 1554 – 26 septembre 1626) (battu) – 990 hommes
– Ankokuji Ekei, 安國寺惠瓊, 1539 – 1600, – 1800 hommes
– Satake Yoshinobu, 佐竹義宣, 17 aout 1570-5 mars 1633
– Oda Hidenobu, 織田秀信, 1580–24 juillet 1605, fils de Oda Nobunaga
– Chosokabe Morichika, 長宗我部盛親, 1575-11 juin 1615, – 6600 hommes
– Kutsuki Mototsuna, 朽木元綱, 1549 – 12 octobre 1632 (battu) – 600 hommes
– Akaza Naoyasu, 赤座 直保, ? – 1606 (battu) – 600 hommes
– Kikkawa Hiroie, 吉川広家, 7 décembre 1561-22 octobre 1625 (battu) – 3000 hommes
– Natsuka Masaie, 長束正家, 1562 – 8 novembre 1600 – 1500 hommes
– Mori Hidemoto, 毛利秀元, 25 novembre 1579-26 novembre 1650 – 15000 hommes
– Toda Katsushige, 戸田勝成, 1557 – October 21, 1600 – 1500 hommes
– Sanada Masayuki, 真田昌幸, 1544 (1547?) – 13 juillet 1611
– Sanada Yukimura, 真田 左衛門佐 幸村, 1567–3 juin 1615

Perte:
Pour les forces de l’Ouest: 5000-32000 morts dont Otani Yoshitsugu et Shimazu Toyohisa


Une stèle à l’endroit du champ de bataille

L’histoire de sekigahara via les mangas
http://www.mangaverse.net/html/kotatsu/vagabond-histoire.htm

Les mons des clans japonais:
http://www.histophile.com/boutiqueDrapeaux.aspx

Les photos de Sekigahara à l’époque actuelle avec explication de la bataille
http://photoguide.jp/pix/thumbnails.php?album=455

sources:
http://en.wikipedia.org/wiki/Sekigahara
http://www.clan-takeda.com/asiemute/articles/141/la-bataille-de-sekigahara-1600/

 Leave a Reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

(requis)

(requis)

Solve : *
10 × 1 =


Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.