Oct 072013
 

Voici un court métrage français, très intéressant. Il m’a interpellé sur plusieurs points. Tout d’abord, parce qu’il démontre et présente certains points sociologique et psychologique de la société actuelle qui ont eu un écho en moi, mais aussi parce qu’il présente des principes techniques du combat de rue et notamment des formes que l’on peut voir au dojo, en application réelle. Du coup je vais essayer d’en parler d’un point de vue psychologique puis d’un point de vue technique.

lien: http://vimeo.com/73560017

Sociologie et Psychologie

Je suis tombé sur la vidéo, une de celle que l’on aimerait ne pas avoir vu, tant elle nous reflète et nous renvoie une image que l’on déteste voir. Le visage de la lâcheté, de l’impuissance. L’histoire racontée est celle de beaucoup de gens, qui ont vécu une agression, en ont été témoins, pratiquent des sports de combats, mais voient la violence autour d’eux, en étant impuissant.

Lors d’une agression, la police recommande de se protéger soi-même, puis de les appeler, de ne pas intervenir. Au final, une plainte est déposée, on témoigne, mais les poursuites judiciaires n’entrainent pas souvent de conséquences pour les agresseurs leur confirmant leur sentiment d’impunité et les réconfortant dans la voie de la violence qu’ils ont emprunté. Ce constat produit un sentiment de frustration qui nous pousse à aller taper dans des sacs, sur des partenaires… mais jamais sur l’objet de la frustration.

Lorsque j’ai vu le film, je me suis senti mal à l’aise lors de la présentation de la première agression devant tous ces témoins. Parce qu’on est nous-même témoin, et que l’on sait que si cela avait eu lieu en réalité, on aurait réagit pareillement. Appeler les secours et être là, impuissant, témoins d’une violence dont l’état n’est plus capable de nous protéger et qu’il ne peut plus endiguer.

A la deuxième agression, alors que le héro masqué intervient, j’ai eu une montée d’adrénaline et j’ai éprouvé une profonde satisfaction de voir la racaille se faire ainsi malmener. Entendre le bruit de leur articulations se disloquer, leurs os se briser a été un vrai plaisir. C’est comme si je voyais enfin ce que j’ai toujours souhaité pour les agresseurs: subir ce type de retour de bâton. C’est un vrai bonheur de voir ceux qui utilisent la violence pour faire du mal à des gens, la subir à leur tour, mais pas gratuitement, comme punition de leurs actes: pris sur le fait!

Ce court métrage est superbe. Et je suis persuadé que je ne suis pas le seul à ressentir toutes ces choses en le voyant. Il est tellement d’actualité et quelque part très juste dans les critiques par rapport à la nature humaine et nos faiblesses, notre lâcheté.

Quand je pratiquais il  y a longtemps le Nghia Long Viet Vodao, la maxime de l’école était “être fort pour être utile”, finalement cette maxime n’a jamais été aussi vraie. Et c’est ce que représente ce film. Ca sert à quoi de devenir une brute de combat, si on n’est même pas capable de protéger ce en quoi nous croyons? Ca sert à quoi de faire des sports de combat, des arts martiaux, si on ne peut même plus assurer la sécurité des plus faibles? Il y a d’autres façons de rester en bonne santé, de se soigner, d’être plus fort et d’avoir soi-même comme seul adversaire que de faire des arts-martiaux. A quoi bon chercher la meilleure structure, connaitre son corps à la perfection pour un coup ou des techniques parfaites si ce n’est pas pour s’en servir? Autant faire de la gymnastique, et l’on aura que son corps comme adversaire? A quoi bon entreprendre le chemin de l’alignement corporel pour des esquives les plus performantes et pouvoir bouger dans l’espace de façon optimale et esthétique si ce n’est pas pour combattre? Autant faire de la danse?

Et que se passerait-il si tous les pratiquants de sport de combat, d’arts martiaux, intervenaient sur les lieux d’une agression, portaient secours à des victimes et envoyaient les racailles, les voyous à l’hôpital? Il y a presque un million de pratiquants de sports de combat et d’arts martiaux. Je ne suis pas sûr qu’il y ait autant de racailles et de voyous.

Lors d’une récente interview, notre bon ministre de l’intérieur actuel Manuel Carlos Valls a dit: “Je peux comprendre la peur des commerçants”, a déclaré le ministre “mais c’est à l’État d’assurer la sécurité” (le figaro 30/09/2013) à propos du buraliste marseillais qui avait blessé un de ses braqueurs. Et bien depuis des années, l’état (sans majuscule tellement il est petit) a failli  à son rôle… quelles conclusion doit-on prendre de cela?

Technique

Si je me suis reconnu dans cette vidéo, sur plusieurs point, elle a le mérite de montrer également d’autres choses intéressantes. Comme le combat contre plusieurs adversaires. Ce n’est pas parce qu’un adversaire est à terre, qu’il a perdu. Ce n’est pas parce qu’un agresseur est au sol, s’est fait percuter l’entre-jambe d’un coup de pied qu’il ne va pas se relever et attaquer encore. Ce n’est pas parce que les adversaire sont désarmés, qu’ils ne peuvent pas se saisir de cailloux, de débris pour s’en servir comme arme. Si on se concentre à percuter un adversaire au sol sans faire attention aux autres, on risque de se faire avoir. Il faut toujours percuter avec des techniques définitives. Exprimer sa frustration sur des techniques non incapacitantes, risque de permettre aux autres agresseurs de venir aider leur copain. Le coup de poing dans la figure n’est pas une technique incapacitante. Le coup dans l’entrejambe n’est pas forcément une technique définitive. Il faut être constamment en mouvement pour affronter autant que possible les adversaire un par un. On peut voir de nombreuses erreurs: tourner le dos à l’adversaire, ne pas enchainer avec une technique qui a permis un projection.

On pourra remarquer des techniques de dojo, notamment celles utilisées en Uechi-ryu. Wa-uke, Hirate Mawashi-uke (à 11’20), la clef de jambe permettant d’amener l’adversaire sur le ventre pour ensuite lui shooter l’entrejambe (à 11’21). L’absorption du mae-geri (à 10’59) qui est une technique de bunkai (application des kata) mais que j’ai aussi vu en Nihon Tai-Jutsu. Ce court métrage reprend exactement ce que je pense sur l’efficacité du Uechi-ryû.

En tous les cas, le résultat est brillant. Bravo à Manu Lanzi.

  One Response to “Etre fort pour ?”

Comments (1)
  1. Bonjour Jack,

    En lisant le titre, je n’ai pu que penser aux livres de Georges Hébert “Etre fort pour être utile” était sa devise.

    Le court métrage est sympa et fait moins la part belle à la chorégraphie. Nous savons tous combien “les beaux chemins ne mènent jamais loin” comme le dit le proverbe chinois.

    Marc

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