Déc 132009
 


Les participants du samedi

Invité par Serge c’est à Ay sur Moselle dans un superbe dojo que Lionel nous fait profiter de ses connaissances en karate okinawaien, spécialement celui issu du Naha-te (karate ayant pour source les boxes du sud de la Chine, notamment du Fujian/Fukien) et spécialement les karate axés sur le travail de la grue blanche.

Samedi

On commence donc un travail d’échauffement articulaire et musculaire lié au travail du kônan-ryû (ceinture scapulaire, colonne vertébrale et hanches pour le hakkei, les renzoku, etc…).

Ainsi pour nous présenter les principes de combats du kônan-ryû on commence donc par le renforcement (kitae waza). Renforcement des techniques de frappe, renforcement de la ligne d’attaque et renforcement des techniques de défense). Ainsi on commence par des frottements avant-bras contre avant-bras. Le principe de cet exercice est multiple, il permet lorsque les deux partenaires mettent un peu de pression au niveau du contact de conditionner l’avant-bras à recevoir des chocs, Mais il permet aussi de former la structure musculaire utilisée dans les frappes pour qu’elles soient lourdes et difficilement bloquables. Mais aussi cela permet d’exécuter plus efficacement la parade en hirate mawashi uke. Pour sensibiliser les avant-bras il est possible aussi de travailler le conditionnement en donnant des claques sur les avant-bras. Ce qu’on a fait. Celui qui donne les claques (ou autre percussion) doit travailler le relâchement dans ses frappes. Il faut que ses frappes soient lourdes, par forcément puissantes ou données avec de l’énergie, mais surtout lourdes. Toujours en travail de sensibilisation de l’avant-bras dans un but de défense et de destruction, on travaille le gohon uchi kote kitae. En opposition on enchaine gyaku gedan barai, soto uke , jôdan age uke, uchi uke, gedan barai… en mettant de la pression lors des parades, et en faisant des parades lourdes. On peut le faire de façon fluide , de façon “lourde” on met le poids du corps dans chaque blocage, ou de façon frappée en cherchant à traverser.  Une application du conditionnement qui est un conditionnement à part entière est de travailler par deux sur coup de poing: mon partenaire attaque oizuki chûdan droit, j’effectue hirate mawashi uke droit en allant vers lui, comme pour essayer de lui griffer les yeux, puis mawashi uke gauche pour écarter sa frappe, et lui donner un shutô sur l’avant-bras, tettsui ou une claque du plat de la main droite. Puis c’est moi qui attaque. Après quelques échanges on change de côté.

Le principe du hirate mawashi uke est d’aller cueillir la frappe avant qu’elle ne soit complètement développée. Mai de lui il faut aller au contact avant-bras contre avant-bras pour que l’attaque glisse dessus comme une pierre en ricochet. Le tout en allant vers l’adversaire comme pour lui griffer les yeux. Ainsi on travaille les défense mawashi uke sur des attaques zuki. L’attaquant donne un oizuki droit j’effectue un mawashi uke gauche. Dans sa frappe il essaye d’être le plus dur possible dans la ligne d’attaque et le plus fermé possible afin que mon mawashi uke soit le plus pénible possible si je l’effectue mal, mais il permet aussi de renforcer la musculature responsable des techniques d’attaque et de défense.

La stratégie de combat du kônan-ryû, comme de l’Uechi-ryû et du gôjû-ryû est le combat à courte distance, c’est à dire à une distance si proche qu’il est difficile de voir les coups venir, et donc pour pouvoir se défendre efficacement à cette distance, il convient d’utiliser la pratique okinawaienne appelée « muchimi ». Le muchimi ça consiste en la pratique des mains collantes. Pour travaillez cela on a pratiqué ce type d’exercice sous trois formes. La première consiste à coller ses avant-bras à ceux du partenaire et je me contente de suivre ses mouvements sans laisser de trou et lui fait de même tout en restant statique. Lorsque l’on observe un trou on le remplit avec un claque. On pratique cela statique puis en déplacement. Lorsque l’on se sent bien à l’aise avec le travail des bras on peut rajouter celui des jambes (low-kick).

Le renforcement que l’on a travaillé avec les avant-bras, on doit le faire aussi avec les tibias. Des tibias renforcés permettent de pousser plus les coups de tibia, mais peuvent aussi être utilisés en défense. Pour travailler le renforcement des tibias, on va frotter avec le pied le tibia du partenaire. Le but est de toucher une grande surface de tibia, ce qui est plus efficace sur le long terme que des percussions localisées. De plus ce type de travail est un travail de longue haleine, progressif et sur le long terme. Il est important et capital que ce type de travail soit progressif. On voit souvent des gens qui avancent trop vite dans le renforcement du tibia. Le problème est que, en stressant l’os trop fortement et trop rapidement, et trop fréquemment, le corps réagit en protégeant l’os grâce au périoste. Le périoste va se renforcer en prenant du calcium de l’os, le fragilisant, lorsqu’il y a arrêt de la pratique, le périoste va se décalcifier fragilisant l’ensemble d’autant plus. Alors que doucement, petit à petit en travaillant sur une grande surface sans léser la structure osseuse en donnant un stress naturel, on arrive à des résultats certes moins rapidement mais plus efficacement sur le long terme. Actuellement le but des arts martiaux, avant tout est quand même de les pratiquer le plus longtemps possible. Ainsi beaucoup découvrent l’épilation des tibias gratuite, qui donne une peau douce, mais douce… qu’aucun institut de beauté ne pourrait atteindre.

On travail ensuite un kakie avec les jambes: tibia contre tibia on vient peser sur la jambe du partenaire qui va absorber avec les hanches et avec une rotation du bassin va renvoyer la force pour peser à son tour vers le partenaire.

Ce qui se fait avec les tibias se fait aussi avec les cuisses. En descendant sur les cuisses (renforcement musculaire) on donne des claques sur l’intérieur et l’extérieur des cuisses mais aussi sur les mollets. Évidemment pour éviter d’endommager le système sanguin et artériel on modère la force des frappes sur l’intérieur des cuisses.

Évidemment  qui dit renforcement du tibia dit low-kick et qui dit low-kick dit technique. Afin que les coups de tibia soient le plus destructeur possible il faut un minimum de technique. Ainsi on travaille au bouclier les différentes façon de donner un low-kick:

* latéralement
* de haut en bas
* de bas en haut
* en cisaillant par derrière
* en cisaillant par devant
* en écrasement du tibia sur le quadriceps


travail des low-kick

Pour rentrer dans le combat et apprendre les enchainements fluides et dynamiques on travaille deux renzoku: hiji ate et uraken. Mon partenaire me donne un enpi droit que je fais passer devant avec un mawashi uke droit puis il enchaine hiji ate gauche que j’accompagne avec un mawashi uke gauche pour réattaquer hiji ate droit, puis gauche alors que mon partenaire fait les mêmes défenses. Le tout en un flot d’attaques défenses fluides et ininterrompu.
Dans le même principe on attaque uraken droit, uraken gauche  pour des parades mawashi uke gauche puis droit: mon partenaire attaque mawashi uke droit je pare avec mawashi uke gauche puis il enchaine uraken gauche que je pare avec un mawashi uke droit, puis c’est à moi d’attaquer uraken droite puis gauche.

Lionel nous montre aussi les armes traditionnelles du kônan-ryû: shôken, hiraken et tsumasaki geri.
On travaille donc la façon de tenir ces armes en frappant dans les abdos du partenaire. Le but de shôken et hiraken est que si la surface frappée est dure, il faut que les doigts puissent se replier pour les protéger. Ainsi on verra les techniques de renforcement des doigts et notamment des doigts de pied. De même qu’en kônan-ryû il y a des frappes qui se font avec les doigts, mais uniquement lorsque les tendons des doigts sont renforcés, et pour travailler ce renforcement on frappe avec les doigts légèrement pliés dans la paume du partenaire.

De la même façon il nous montre que les techiques de phalange comme shôken peuvent s’utiliser en percussion mais aussi en frottement, pour déchirer la peau, et choquer l’adversaire. Ainsi tout le monde a eu la chance d’avoir son petit trait rouge sur le front. ^^

Évidemment les techniques de frappes ne sont totalement efficaces que si l’ont la couple avec une génération de force, qui s’appelle « hakkei ». Pour ça on retrouve les principes fait en échauffement d’enroulement de colonne et d’ondulation. Pour travailler le hakkei, on saisie à une main ou à deux main la ceinture du partenaire et en ajoutant l’ondulation de la colonne, on va utiliser la ceinture scapulaire et notamment le fait de tirer avec le dorsale pour relâcher la force et passer en poussée avec le pectoral. Ce qui fait qu’on va tirer le partenaire pour le repousser avec énergie.

Et pour travailler la précision des coups de pieds on joue à tenter de se marcher sur les pieds, ce qui nécessite une vision globale, une bonne structure de la précision et de la stabilité ainsi que de la rapidité.

Pour mettre en pratique ce qui a été vu, on travaille le combat souple. À distance très courte on va combattre en enchainant avec fluidité  sans s’arrêter en continuant si besoin au sol mais sans s’arrêter.


démonstration d’un renzoku

Dimanche

Je me rends à la salle, il commence légèrement à neiger. Comme il fait froid, on commence par se réchauffer en faisant un peu de « muchimi ». Puis l’ensemble des participants étant présent, on commence par les échauffements musculaires et articulaires mis en jeu par les techniques spécifiques du kônan-ryû. Des participants étant absent samedi certaines exercices sont à nouveau travaillés ce jour-ci.

Pour travailler le renforcement de la ligne d’attaque on travaille kakie. Face à face, je suis poignet droit contre poignet droit avec mon partenaire. Il pousse ma main vers moi et lorsque j’arrive contre moi, je repousse sa main vers lui… et on continue longtemps. En direct mais en travaillant la contraction du trapèze (tirer l’omoplate) et la poussé du pectoral. Puis en absorption: je suis face à mon partenaire il pousse ma main vers mon épaulé gauche au dernier moment je fais passer sa main vers mon épaule droit pour le repousser vers son épaule gauche.

Pour travailler la lourdeur de la frappe, face à face avec mon partenaire, on se donne des frappes mains ouvertes (avec la paume) en engageant le corps et  en étant lourd… ça claque fort, ça fait chauffer l’intérieur de la main, mais on peut ainsi pratiquer le fait de donner frappes lourdes.

Par la suite on travaille un nouveau renzoku qui est une combinaison de ceux travaillés le jour précédent: soit A l’attaquant, du moins celui qui commence à attaquer, et B le défenseur qui commence à défendre:

* A attaque hiji ate droit, B accompagne la frappe avec mawashi uke droit
* A attaque hiji ate gauche, B accompagne la frappe avec mawashi uke gauche
* B attaque hiji ate droit, A accompagne la frappe avec mawashi uke droit
* B attaque hiji ate gauche, A accompagne la frappe avec mawashi uke gauche
* A attaque uraken droit, B dévie avec mawashi uke droit
* A attaque uraken gauche, B dévie avec mawashi uke gauche
* B attaque uraken droit, A dévie avec mawashi uke droit
* B attaque uraken gauche, A dévie avec mawashi uke gauche

Évidemment on peut varier le renzoku en changeant l’ordre des attaques et les côtés à travailler.

Puis on travaille une technique d’attaque des points de pression en combinant une frappe de la paume de la main sur la tempe et un coup de coude sur le nerf mentonnier. Quelques détails de la techniques: entre la  frappe main ouverte et le coup de coude, le temps écoulé ne doit être ni trop rapide (simultané) ni trop long. Le coup de coude doit être donné en descendant. On travaille sur le visage pour bien cibler puis sur les avant-bras du partenaire pour travailler la force de la frappe.

On le travail ensuite en dynamique contre une attaque. J’attaque maete gauche puis gyaku zuki droit. Mon partenaire sur le maete va faire un shôtei gauche pour ouvrir afin que le partenaire soit incité à enchainer une autre attaque. Ce qu’il fait avec le gyaku zuki lequel est paré par mon mawashi uke droit… puis la main qui a fait le mawashi uke remonte son bras vers son visage pour donner une frappe main ouverte de la paume de la main suivit de peu par le coup de coude gauche.

On travaille aussi la fluidité des attaques: le partenaire est immobile, et l’on va enchainer des attaques contrôlées sur lui, toutes les attaques possibles tsuki, kakutô, hiji ate, nukite, shôken, boshiken, shôtei, shutô, haitô, keri, etc… pour certaines on les contrôles pour avoir la sensation de les donner (de former l’arme), pour les autres ont ouvre la main et on donne des frappes mains ouvertes de la paume. Le partenaire ainsi submergé par les attaques doit garder les yeux ouverts, suivre tout ce qui se passe et rester conscient pour penser à ce qu’on peut faire pour renverser la donne.

Lionel nous parlera de l’utilisation de boshiken et des différents utilisation des mains ouvertes que l’on retrouve dans les kata: shutô aux côtes flottantes, saisies des poignets d’amour, saisie de la gorge, etc…

Encore aujourd’hui on travaille les 6 low-kick. Lionel rajoute une information: le low-kick donner en cisaillant mais en remontant vers soi, peut-être utilisé pour ne pas perdre un temps dans la façon d’armer un coup de pied.

Puis on travaille le hakkei et notamment via une application le « zéro inch punch ». Pour cela on pose le poing contre les abdos du partenaire et via la génération d’énergie propre à ce style de karate.

Puis on travaille le makenai karate (le karate qui ne perd jamais). C’est à dire que même si on est touché, même si ça fait mal, on ne s’arrête pas et on continue le combat jusqu’au bout, sans arrêter les mouvements.

Pour finir, Lionel nous gratifie du kata Hakkaku de Hakutsu ken (Kingai Ryû de Matayoshi)

Conclusion

Durant ces deux jours Lionel nous a fait travailler les fondements, les principes et les stratégies utilisées dans le karate kônan-ryû. Il a tout donné, sans rien cacher, sans secret. On a travaillé tous les fondamentaux de l’école, les principes de bases avec des exercices et des applications. Ce type de stage est formateurs et apportent beaucoup, il suffit de prendre ce qu’on peut rajouter à sa pratique, à sa forme de corps pour augmenter l’efficacité de sa pratique. De plus Lionel a pu ainsi démontrer que le karate n’est pas la parodie que tout le monde croit connaître via la télé et le sport qu’il s’agit d’un art martial basé sur le combat et les moyens de vaincre l’adversité. Il aura ainsi démontrer que le karate okinawaien a gardé ses racines chinoises et qu’il reste destructeur et redoutable et qui n’a rien à voir avec ses parodies sportives voir l’idées que l’on peut s’en faire via les films.

Tout le stage sera basé sur trois principes sur lesquels Lionel a beaucoup insisté et qui lie les différents exercices vues durant ces deux jours. Tout d’abord la lourdeur des frappes, la travaille en relaxation, en relâchement et le fait de ne pas arrêter le mouvement. Ensuite le distance de combat fait qu’il faut travailler d’une autre manière, coller le partenaire, ne pas armer les frappes et générer l’énergie, générer la force autrement. Et le troisième est le renforcement du corps de manière intelligente et respectueuse du corps. De façon culturelle, Lionel nous présente les armes et les pratiques okinawaiennes qu’il connait et a pu pratiquer durant ses nombreux séjour. Un stage très riche et très volumineux en information techniques sur les principes de combat.

Pour finir, je voudrais remercier Lionel pour avoir fait le déplacement et avoir partagé ses connaissances sans compter, sans rien cacher avec sincérité, passion et expertise. Merci à Serge Rebois pour avoir invité Lionel et lui avoir permis de montrer son école si peu connu… et surtout d’avoir permis à quelques élèves de profiter des conseils et des exercices pédagogiques cher à Lionel. Et merci aux participants du stage d’avoir été là et d’avoir permis ces échanges dans une excellente ambiance. Merci à ceux qui sont venus de plus loin (François de Nancy, Johnny de Strasbourg avec son épouse et sa fille)… Et encore merci à Serge et Lionel pour avoir rendu ce week-end possible.

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