Nov 252007
 

Introduction

Ce week-end a eu lieu un évènement exceptionnel. Maître Yasuo Shimoji, 9ème dan d’Uechi-ryû, de passage en France sur 10 jours est venu faire un stage avec maître Yukinobu Shimabukuro, 9ème dan d’Uechi-ryû et responsable de l’Uechi-ryû du soke sur l’Europe, les samedi 24 novembre 2007 et dimanche 25 novembre 2007.
Ca se déroulait à Maison-Laffitte.

Prologue

Samedi matin… je me rends à la gare de Strasbourg. Evidemment les marchés de Noël ayant ouvert ce jour, les trams sont pleins.
Moi et mon gros sac nous ne nous sommes pas fait des émules. Je quitte Strasbourg à 11h11 pour arriver à Paris Est vers 13h40 (le temps de descendre du train).
Je ne suis pas en super forme. J’ai encore la cuisse gauche douloureuse, d’une béquille que j’ai subit deux jours auparavant, les ligaments externes du genou très sensibles et une légère tendinite à l’épaule, dont la douleur s’est un peu accru à cause du port et de la manipulation de mon gros sac.
Je cours prendre le métro 7 pour arriver à Opéra. Tentative d’erreur en confondant Maison-Laffitte et Maison-Alfort.
J’attends une dizaine de minute le RER A en direction de Cergy pour finalement arriver à Maison-Lafitte vers 14h20.
Lionel m’attends à la station de RER de Maison Laffitte et on se rend au dojo. On arrive un peu en retard mais ce n’est pas très grave, tout n’est pas encore en place.
Nous sommes accueillis par les Uechi-men, toujours aussi accueillants, souriants, sympathiques. Puis en nous rendant aux vestiaires on tombe sur… Ahmed.
Souriant, joyeux, fidèle à lui même il aura bravé une super crève pour venir voir ce qu’était le Uechi-ryû avec deux sensei d’exception: maître Yukinobu Shimabukuro (9e dan) et maître Yasuo Shimoji (9e dan).
Et il a eu raison… Et on a tous eu raison de venir.
Voici un petit compte rendu du stage.

Pour ceux qui ne voudraient pas suivre le compte rendu voici un résumé en langage d’ancien jeune: “Punaise! Comme c’était trop de la balle! De la Bombe Atomique! De la Bombe Nucléaire!”

Voici mon compte rendu un peu plus détaillé pour ceux qui n’auraient pas peur de tout lire.

Samedi

Tout d’abord on rencontre les visages connus, ceux que l’ont voit habituellement aux stages, des élèves de maître Shimabukuro pour la majorité (mais c’est à applaudir un élève de sensei Takemi Takayasu: Ben).
Je m’attendais à voir plus d’élèves de Maître Takayasu, car voir maître Shimoji en action, c’est assez impressionnant, alors en plus avoir la chance de se suivre un de ses séminaires, c’est à ne pas manquer, surtout si on est pratiquant et passionné d’Uechi-ryû.
Mis à part Lionel (gôjû), Ahmed (sans étiquette) et moi-même (shoshin gôjû), il y a un kyokushinkai (CN 1er dan), un shôtôkan (CN) et Marc, un copain d’Lionel qui est Gôjû-ryû (Oshiro) et Aikido (gradé dans les deux disciplines).
C’est toujours un vrai plaisir de participer aux activités de l’Uechi-Team de maître Shimabukuro.
Ils sont tous vraiment sympathiques, accueillants, ouverts, aimables et généreux. Et ils le prouvent à chaque fois que j’ai pu échanger avec eux.

Tout d’abord nous avons droit à la présence d’une caméra qui nous a filmé, même dans les vestiaires (on nous explique qu’il s’agit d’étudiants qui réalisent un film… d’horreur?)
Je passe mon beau pyjama blanc tout propre et ma belle ceinture blanche… je sens que je vais la porter souvent celle-là… et avec plaisir.
Une fois sur les tatami, lorsque tout le monde est réuni, les maîtres arrivent. Je n’avais jamais vu maître Shimoji autrement qu’en vidéo ou en photo. En vrai il est encore plus impressionnant.
Il n’est pas très grand mais tout en muscle. La taille de ses avants-bras est impressionnante. Son trapèze et ses deltoïdes sont si développés qu’on dirait qu’il n’a pas de cou. Il a une musculature extraordinaire, très compacte. Et pourtant ça ne le rend pas plus lent pour autant.
Il se dégage de lui un aura de calme et de sérénité mais en même temps on ressent une force et une puissance sous-jacente.
On se met alors en file indienne pour aller serrer la main aux maîtres, chacun à son tour. C’est une chose que je n’avais jamais fait lors d’un stage.
En général ceux qui connaissent le maître personnellement vont lui serrer la main et lui glisser deux mots. Alors que cette fois-ci tout le monde a eu l’occasion d’avoir une première prise de contact et de pouvoir lui glisser un “konnichiwa” ou un “hajimemashite” timide.
Ahmed respecteux et désireux de ne pas commettre d’impaire nous demande ce qu’il faut dire aux maîtres. il semble vraiment motivé par ce stage avec ces experts. Son enthousiasme fait vraiment plaisir à voir. D’autant plus que le personnage est très jovial, amical et sympathique.
C’est peut-être rien, mais cette première prise de contact avec les maîtres qui vont diriger le style a un impact humain formidable. J’ai trouvé cela vraiment très sympathique.
Une deuxième équipe de tournage arrive, il s’agit cette fois-ci de la télé locale.

Puis il y a la cérémonie d’ouverture. Indispensable et traditionnelle pour un stage avec d’aussi grands experts tels que maître Shimabukuro et maître Shimoji.
Un élu local, l’adjoint au maire de Maison-Laffitte est là pour présenter sa ville (la capitale du cheval) expliquer la joie que la municipalité a (par son intermédiaire) d’accueillir cet évènement et offrir à maître Shimoji le livre de la ville ainsi qu’une oeuvre d’art en forme de cheval.
La situation est assez cocasse, car je viens aussi d’une ville où la spécialité est le cheval… sauf qu’à Schiltigheim, on les mange, on monte pas dessus.
Il nous dit alors qu’il ne connaissait pas du tout le karate okinawaien, il cite les arts japonais pratiqués dans la ville (karate, judo, aikido, kendo, chanbara, …) et se réjouit de la présence de l’Uechi-ryû. Il nous dit que la ville souhaite avoir une place forte au niveau des arts martiaux. Chose qui fait plaisir à entendre de voir une ville qui se dévoue et aide à la promotion des arts martiaux (et pas seulement les arts martiaux sportifs à haute teneur en médailles).
Maître Shimoji offrira un sake japonais (à moins que ça ne soit de l’awamori) et un exemplaire d’un magazine de karate japonais, dans lequel il apparaît pour promouvoir et expliquer le style.

Puis nous commençons. Maître Shimabukuro nous fait faire un échauffement comme à son habitude lors de stage, puis maître Shimoji prend le relais pour un échauffement typique à l’okinawaienne avec du Hojo-Undo.
Ensuite on nous explique que la pratique traditionnelle de l’Uechi-ryû comporte après l’échauffement et le Hojo-Undo, la pratique du kata sanchin, exécuté trois fois.
Nous faisons aussi des mouvements de kihon d’Uechi-ryû rapide et très tonique (cardio) à droite et à gauche. Je ne suis pas encore familiarisé avec les techniques de défense (hirate-mawashiuke) et certaines techniques d’attaque (la position particulière du coup de coude, …).
Ces exercices me font bien comprendre l’importance de la relaxation scapulaire pour développer le plus d’énergie possible. Nous sommes transpirant et bien échauffés, les sensei nous annonce que l’on va pratiquer le kata sanchin.

Pour la pratique de ce kata nous sommes splittés en deux: ceux qui connaissent le kata sous la direction de sensei Shimoji et ceux qui ne le connaissent pas sous la direction de sensei Shimabukuro.
Nous le faisons une première fois à gauche. Puis sensei Shimoji nous explique la façon de respirer durant ce kata: il faut constamment garder 60% d’air dans les poumons. La respiration se fait avec des inspirations longues mais des expirations très rapides “tssst!”.
Il fait faire le kata par un gradé et teste en sanchin-kitae (en frappant les zones normalement contractées).
On refait le kata à droite puis à gauche en prenant en compte les diverses corrections que nous apporte sensei Shimoji: respirations, positions, regard.
Puis vient le moment des kitae-waza. On se met deux par deux, chacun cherchant un partenaire.
Je capte le regard d’un gradé (Dominique je crois) et on se propose mutuellement d’échanger. “Ca tombe bien Je cherchais un grand balèze” me dit-il (il faut le prendre comme “je cherchais un gros sac… de frappe” )
Tout d’abord les avant-bras. J’attaque avec un coup de poing. Il enchaîne uchi-uke dans le but de casser (travaille du relâchement pour avoir de la puissance à l’impact), puis hirate-mawashiuke et shuto sur l’avant bras.
Durant tout cet échange de coups il me corrige sur mes positions, la façon d’augmenter la puissance de la frappe. C’est vraiment sympa de sa part.
D’un côté il m’aide à m’améliorer et d’un autre ça l’aide aussi, en effet, si j’améliore mes frappes, je lui permets de mieux travailler. C’était vraiment super sympa.
Puis travail des jambes: low-kick dans la cuisses puis dans le muscle du tibia (“tibia raison” jeu de mot de François Pérusse pour ceux qui connaissent).
Lors de mes attaques mon partenaire corrige mon placement du bassin, la position de ma jambe d’appuie, et la direction du genou lors de la frappe mais aussi lors de la réception. J’ai tendance à disperser mon énergie (au sens mécanique du terme) par des mauvais placements articulaires et de ce fait reçois plus de douleur que nécessaire.
J’essaye d’aller au dessus de mon seuil de douleur normal afin qu’il puisse lui aussi s’éclater un peu et se lâcher en frappant plus fort.
Et là… je fais ma gojirade: je lui colle un coup de tibia dans le genou… sauf que c’est le muscle tibial qui percute le genou, juste sur le point de pression qui va bien (sur le méridien de l’estomac je crois, mais bon c’est pas important… ça douille c’est déjà ça). Douleur et paralysie momentanée du tibia et de la cheville.
Je continue mais en frappant avec le dessus du pied.
Ensuite on travaille au corps, j’enchaîne des coups de poing directs et des crochets sur les abdos blindés de mon partenaire. il fera de même sur moi.
A tour de rôle on se masse les abdos (mon unique abdal dans mon cas) à coups de poing. C’est un exercice intéressant, bien que douloureux quand on n’a pas l’habitude, car l’impact des poings sur des abdos en béton est différent que sur un sac de frappe.
Là je sens que je manque de force dans le poing gauche, l’avant bras n’est pas assez contracté et bien que les carpes (os de la main) dans le prolongement du radius et du cubitus, mon poignet pliera plusieurs fois à l’impact m’occasionnant une douleur au poignet.
Mon partenaire m’expliquera que je dois rester dans l’optique de sanchin: garder une contraction forte et respirer comme sanchin afin qu’il n’y ait pas de relâchement de la contraction abdominale.
Or j’ai la mauvaise habitude de contracter à l’impact et souffler en même temps. Si je fais ce qu’il me dit, et garde une contraction permanente en soufflant après l’impact, en effet, l’onde de choc est moins forte et les muscles (sous la barde de lard made in Germany) sont moins choqués.
Il frappe dur et fort et ses conseils sont vraiment précieux. Après le film “je suis timide mais je me soigne”, voici gojira dans “je suis pas endurcit mais je me soigne”!
Bref, j’espère lui avoir permis de travailler un peu malgré l’extrême sensibilité de mon réseau nerveux.

On passera ensuite au travail des techniques de self-défense en utilisant les techniques d’Uechi-ryû.
Sensei Shimoji nous montre divers moyens de défense contre saisie des revers, saisie des épaules.
Les techniques sont directes, sans fioritures, expéditives. Un Uechi-ryû explosif qui ne laisse aucune chance à l’adversaire.
Je travaille ces exercices avec Tsuyoshi qui me montre diverses interprétations des mouvements, des placements différents et l’utilisation de toutes les armes, y compris le gabarit.
Il y aura double pic à la gorge, coup d’avant-bras dans la gorge pour projeter (tsuyoshi m’explique que porter le coup d’avant bras dans la mâchoire ou au niveau du condyle permet de bien choquer la tête pour ensuite offrir pas mal de possibilités d’enchaînement), saisie de la trachée ou coup avec la main en forme de griffe du tigre (tora no tsume) ou en forme de patte d’ours (kumade).
Lionel me dira que “le tora no tsume, sans le ‘no’, se lit ‘kosô’, c’est la spécialité de sensei Shimoji et c’est le sujet de l’article du magasine japonais ‘gekkan karatedô’ de ce mois”.
Chaque technique comporte une esquive, un effacement du corps qui sert ensuite a asseoir son assise et s’ancrer pour contrôler l’adversaire, asseoir sa domination (au sens structurel, mécanique du terme) sur lui.
Avec Tsuyoshi comme partenaire, on comprend immédiatement pourquoi telle ou telle technique ne fonctionne pas, et le détail à ajouter pour que la technique fonctionne.
En effet son assise parfaite, sa stabilité font que si tous les détails techniques ne sont pas là, il m’est impossible de la bouger, le déséquilibrer et le maîtriser.
Ce qui est vraiment appréciable quand je travaille avec lui c’est qu’il ne s’embarrasse pas de détails, va à l’essentiel et démontre par l’expérience ses affirmations.
Par exemple, pas mal d’écoles de jûjutsu/de self défense travaillent lors d’une saisie des deux revers par une percussion pour se dégager.
Tsuyoshi me montrera que s’il ferme sa saisie sur mes cols, il ne me sera pas possible de me dégager. En effet en percutant plusieurs fois ses avants-bras je n’ai réussi à rien.
Par contre j’ai appris à relâcher ma frappe pour la rendre puissante ce qui augmente mon efficacité lorsque la saisie n’est pas encore verrouillée. Du grand art pédagogique.
Chaque mouvement de self comporte un élément qu’on retrouve dans un kata. Tsuyoshi me montre beaucoup de détails et de subtilités mécaniques.
C’est génial! J’adore! J’ai toujours beaucoup de satisfaction, de plaisir et de joie à travailler avec lui. Et j’accepte la douleur avec encore plus de satisfaction.
J’aurais aimé faire quelques kitae-waza avec lui, car j’apprends énormément. C’est quelqu’un de très sympa, de très ouvert, très enthousiasmant et de très bon. Il sait ce qu’il faut dire pour pousser les gens de l’avant.
C’est quelqu’un qui donne a être connu.

Nous passons ensuite au travail des katas de l’école.
Le premier groupe connaissant les katas sera sous la direction de sensei Shimoji. Le second dont je fais partie, ne connaissant pas les katas, les apprendra sous la direction de sensei Shimabukuro.
On travaille tout d’abord les mouvements de kihon dans le vide. Chaque mouvement de kihon correspond dans la forme ou le principe à un éléments du kata. Si on maîtrise tous les éléments du kihon alors on maîtrise les éléments du kata.
Puis nous faisons Kanshiwa (2e kata de Uechi-ryû créé par Kanei Uechi, contraction des noms Kanbun Uechi et Shu Shi Wa).
Lors des précédents stages avec sensei Shimabukuro j’avais vu Kanshu et Kanshiwa, et bien que familier avec les divers mouvements j’étais incapable de les reproduire. Revoir Kanshiwa m’a permet de mieux le greffer sur mes neurones.
Le kata n’est pas décomposé mais vu de bout en bout. Et à force de répétitions on finit par le voir en entier.
Lionel m’a dit une fois: “la pédagogie occidentale  fait que l’on décompose beaucoup les choses, du coup des éléments qui, mis ensemble, ont une certaine signification sont dénaturés car figés par la décomposition”
En effet effectuer le kata de bout en bout permet de l’apprendre peu à peu et de ne pas casser la dynamique du mouvement.
J’adore étudier ces katas. Maître Shimabukuro est vraiment un grand maître, il a l’oeil sur tout le monde corrige ce qu’il y a à corriger. C’est vraiment un plaisir d’apprendre un kata sous son enseignement.

Une fois le kata pratiqué et re-pratiqué, on se met en ligne pour faire quelques exercices de musculation: squat, pompes, abdos (pour muscler mon abdal… un abdal, des abdos j’adore ce jeu de mots).

Les participants de ce samedi



Et on finit ce stage à ce moment pour se changer rapidement et retrouver les bouchons du périf.
En super co-pilote, je perds Lionel entre Sartrouville et Bezons. On met ensuite presque d’une heure pour rejoindre Madame Lionel à cause des bouchons sur la route pour ensuite aller se rassasier d’un repas chinois (buffet à volonté).

Dimanche

Au réveil, je sens tout de suite ce qui a été travaillé. Les jambes sont douloureuses, les abdos se plaignent, quelques courbatures viennent pimenter les premiers mouvements de la journée.
Comme me dit Lionel très souvent: “Il n’y a que lorsqu’on est mort qu’on n’a plus mal. Alors il faut accueillir la douleur avec bénédiction, ça prouve qu’on est encore vivant”.
On arrive à Maison-Laffitte suffisamment tôt pour se changer tranquillement et mettre un pyjama blanc puant encore mouillé de la sueur de la veille.
Tout le monde est déjà là. Ahmed est revenu pour un deuxième round. Apparemment la première partie lui a bien plus.
Il nous confie qu’il a refait le kata kanshiwa chez lui et qu’il trouve l’Uechi-ryû très sympa. Bien que malade, il est là prêt à prendre et à donner.
On sert la main aux gens qu’on connaît. Presque personne ne manque à l’appel. On sert la main aux maîtres. Je m’attarde un instant sur les mains de maître Shimoji et ses pieds.
Peut-être ai-je mal vu, mais les phalanges, les tarses et meta-tarses, les carpes et meta-carpes ne sont absolument pas déformées.
Pourtant, on peut le voir se faire casser une batte de base-ball sur les doigts de pieds… tendus, le voir casser une planche d’une belle épaisseur avec le bout des doigts de la main…
Et les endurcissements qui lui permettent d’accomplir ces exploits ne lui ont pas détruit le squelette. La preuve qu’un endurcissement fait petit à petit, tout doucement, fait sur le long terme n’est pas destructeur.
On se met rapidement en place et après un salut rituel, on commence l’échauffement, la musculation, les étirements.
On refait du Hojo Undo sous la direction de sensei Shimoji, puis on passe à la pratique de sanchin.
Cette fois ci maître Shimoji insiste sur la respiration. Une expiration rapide permet de garder la contraction des abdominaux ferme, alors qu’une expiration plus longue provoque un léger relâchement.
Maître Shimoji passe dans les rangs et teste les positions et la contraction de chacun. On doit tenir les positions longtemps avec cette respiration particulière. J’essaye du mieux que je peux mais j’ai l’impression de m’asphyxier.
Tenir la contraction avec cette respiration me met en nage. En passant maître Shimoji me donne un low kick à l’intérieur des cuisses pour tester ma position sanchin et un coup  dans les abdominaux pour vérifier la contraction.
On refait encore une fois sanchin avant de passer aux kitae-waza.

Cette fois-ci j’ai la joie d’avoir comme partenaire Ahmed.
Sur les kote-kitae, il aura quelques peines, avec le traitement de la veille dont il n’a pas l’habitude et celui d’aujourd’hui, ses avants-bras doivent être très sensibles.
Je vais donc un peu plus doucement tout en gardant un bon rythme mais en diminuant la force à l’impact, tout en discutant un peu avec Nijushiho. Quand soudainement je le sens aller de plus en plus vite et de plus en plus fort en ne parlant plus.
Je sens une présence derrière moi et je sais que sensei Shimoji nous regarde. Sa présence dope un peu Ahmed qui fait de la résistance. On continuera à se marteler les avant-bras sous le regard amusé de maître Shimoji. Il partira en riant.
Je me demande encore ce qui l’a fait rire. Etait-ce le fait qu’avant son arrivé, nous y allions doucement en parlant et que par sa seule présence nous redoublions d’effort?
Ou était-ce dû au fait qu’il n’était pas nécessaire d’y aller comme des brutes pour des débutants comme nous.
On passe ensuite aux jambes. Cette fois ci c’est moi qui vais peiner. Ahmed frappe fort et encaisse bien. Je fais ma deuxième gojirade. Et hop, coup de tibia dans son genou. Poing d’impact? Le même qu’hier.
La vache! Ca flingue! Je continuerai du mieux que je peux tout en discutant avec Ahmed.
Puis on passera aux coups dans les abdos. Encore une fois Ahmed frappe fort et encaisse bien… du moins il frappe plus fort que moi et encaisse mieux.
On s’échange des coups sans animosité, en toute amitié, avec le respect de l’autre, sympathiquement dans le seul but de faire travailler l’autre, et avec le sourire.
On peut apprécier sa force, on est à l’écoute de l’autre. Ce travail peut sembler barbare ou bourrin mais loin de là.
Ahmed calquait la puissance de ses coups sur ma capacité à les encaisser. On a travaillé ainsi quelque temps avant que la douleur ne soit plus trop supportable au niveau du ventre pour moi. A ce moment on est passé aux frappes dans la poitrine, sur les pectoraux.
C’était vraiment super et très sympa de pouvoir travailler avec Ahmed. En espérant pouvoir retravailler avec lui à une rencontre ou un stage prochain.

Les kitae waza finis on passe à la pratique de la self-défense.
Mais avant ce travail maître Shimabukuro nous fera faire quelques ukemi afin de nous familiariser avec la réception des techniques de projection.
Le concept est génial. Maître Shimabukuro nous montre un mouvement (ou le fait exécuter par un élève). Puis sur la même attaque maître Shimoji nous montre une autre interprétation.
J’ai pour partenaire Greg.
Greg me montre pas mal de principes qui permettent des enchaînements, les erreurs à ne pas commettre, comment se placer pour éviter de se faire contrer. Outre une grande culture okinawaienne, et un science importante du combat, Greg possède de supers notions de stratégies.
Volontairement je ne détaillerai pas les techniques vues, non pas parce qu’elles soient secrètes, non pas parce que je ne m’en souvienne pas… mais plutôt pour laisser une part de mystère sur ce stage et donner envie à vous, lecteurs, de participer à ce type de stage ou à connaître la pratique de l’Uechi-ryû avec ces maîtres exceptionnels en vous inscrivant aux cours, ou en participant aux futurs stages qui auront lieux.

Puis on passe au travail de l’ippon kumite sur des attaques codifiées pour les passages de grade de la fédé.
Sur chaque attaque il y a une esquive (JU) et une contre-attaque radicale, directe et décisive ne laissant aucune chance à l’adversaire.
Greg me montre diverses approches basées sur ses recherches personnelles et son expérience.
C’est quelqu’un de très puissant, très sympathique et très doué que j’estime énormément. Son expérience est des plus intéressante. J’adore travailler avec lui, j’apprends énormément de chose. Chaque détail, chaque explication à une importance primordiale et me fait progresser énormément.
Ses attaques permettent vraiment de travailler, elles sont puissantes mais contrôlées.
Greg me montrera plusieurs technique de maîtrise et contrôle au sol. Diverses approches tactiques, des feintes, … Bref un moment des plus passionnant, enrichissant, agréable comme on aimerait en avoir plus souvent dans sa vie.
Maître Shimoji nous montre des techniques toujours aussi puissantes et explosives. Les techniques sont simples mais permettent plusieurs niveaux de compréhension selon le niveau du pratiquant.
Puis après ce travail techniquement intéressant et enrichissant, maître Shimabukuro nous explique que traditionnellement on travaille aussi, en Uechi-Ryû, des techniques à genoux (seiza) et assises, à Okinawa.

On aura alors un travail à genoux.
Mon partenaire est à genoux en face de moi et me porte un coup de poing. Au même moment je bondis pour me mettre debout tout en parant l’attaque pour contre-attaquer.
La difficulté est de passer de l’état à genoux (chevilles au sol) à l’état debout sans temps intermédiaire.
Comme il s’agit d’un travail plus ou moins difficile pour les poids lourds (comme moi), il y a la possibilité de lever un genou pour exécuter la technique. Il n’est pas toujours aisé de bondir de la position seiza pour se retrouver à genoux.
Un travail qui n’est pas sans rappeler aux Jûjutsuka le juninokata ou aux jûdôka le kimenokata.

Puis on passe finalement au travail de kumite. Sensei Shimabukuro nous montre divers enchaînements pieds poings de sundome kumite.
Je travaille avec un premier kyu de belgique. Bien qu’il soit gradé et certainement plus endurcit que moi, j’ai peur de rentrer. Il est très fin et semble n’avoir pas plus de 16 ans.
Tout d’abord pour s’échauffer on travaille en statique l’enchaînement low-kick dans la cuisse et deux coups de poings dans les pectoraux. Si ça ressemble un peu à du renforcement… ben c’en est un peu quand même.
Principe de l’attaque: mae geri, maete tsuki, gyaku tsuki.
Le défenseur pare les trois coups et contre-attaque.
L’erreur à ne pas commettre et dans laquelle je suis tombé est le travail linéaire. Pas dans les déplacements pour les parades… mais le travail de ne pas jouer avec son partenaire, lui tourner autour, feinter, etc…
Puis l’attaquant change de maegeri jambe avant, à maegeri jambe arrière puis changement de garde (switch) avant attaque.
Bref, travail intéressant. Il permet d’être mobile, dynamique,  rapide, il développe une certaine tonicité et surtout c’est très cardio comme travail.

Ensuite maître Shimoji nous montre un travail de combat plus style full-contact.
L’attaquant attaque mae-geri, on dévie son attaque pour enchaîner un low-kick dans l’arrière de sa cuisse pour rentrer au contact et l’amener au sol avec un autre balayage en low-kick sur la jambe d’appui s’il n’a pas été assez déséquilibré par le low-kick.
Je travaille pour cette partie avec mon partenaire de Belgique et Philippe, le responsable du club de Maison Laffitte.
Philippe me montre, et à notre jeune partenaire que sur quelqu’un de massif, il est difficile de déséquilibrer avec le low-kick sur l’arrière de la cuisse. Bon pas évident de montrer ça en condition réelle. Philippe essayera de me déséquilibrer en appuyant bien son coup.
En effet, ça fait mal mais ce n’est pas suffisant  pour me faire tomber par-terre.
On s’amusera quelques minutes avant de passer aux katas.

Encore une fois nous sommes séparés. maître Shimomji s’occupe de ceux qui connaissent les katas et maître Shimabukuro de ceux qui ne les connaissent pas.
Comme hier, on refait kanshiwa. C’est très bien et me satisfait pleinement car ça me permet de bien, bien l’enregistrer.
Maintenant que je connais le schéma global, il reste à corriger les menus détails ainsi que les petites erreurs dues à une mémoire défaillante.

On finit par un petit peu de musculation. Squats, pompes, abdos, lombaires.
Durant le travail des lombaires, maître Shimabukuro reprend un jeune élève qui se sera assis à regarder parce qu’il n’a pas trouvé de partenaire.
Il se fera tancer. Ben oui, c’est pas parce que c’est un stage qu’on peut tout se permettre. On n’est pas chez mémé!
Maître Shimabukuro est un maître au grand coeur, généreux, altruiste, sympathique, d’une gentillesse infinie… mais il reste ferme et sait inspirer le respect et la discipline.
C’est vraiment quelqu’un d’admirable qui mérite d’être reconnu en France bien plus qu’il ne l’est actuellement. J’aime vraiment beaucoup ce sensei, tant pour ses qualités martiales que ses qualités humaines.

Les participants de dimanche

On s’aligne, ensuite pour un petit discours de fin de stage. Sensei Shimoji remettra aux responsables de clubs présents un petit diplôme pour les remercier de leur investissement et leur dynamisme à promouvoir l’Uechi-ryû dans leur pays/région/ville.


Philippe touche un mot sur le livre d’Lionel à l’ensemble des stagiaires afin que ceux-ci puissent se fournir, car Lionel a pu remplir sa réserve à nouveau.
Ainsi s’achève ce stage vraiment passionnant autant martialement qu’humainement.


Conclusion

Pour moi c’est un stage exceptionnel. Il m’a permis de revoir des gens que j’aime vraiment beaucoup et que j’apprécie infiniment.
De revoir… mais aussi de pratiquer avec eux, ou sous leur direction.
Comme le dit la pub: aller-retour Paris-Strasbourg xx euros, un stage avec Lionel, Ahmed, Greg, Tsuyoshi, Sensei Shimabukuro et sensei Shimoji et toute l’Uechi Team… PRICELESS!
Bref, après une stage comme ça, la douleur est accueilli avec béatitude. C’est un vrai bonheur! Durant ce stage, je me suis fait plaisir!
J’attends avec impatience l’opportunité de revenir sur Paris pour pouvoir m’entraîner à nouveau avec ces gens exceptionnels.
J’ai aussi eu le plaisir de rencontrer sensei Shimoji. C’est un pratiquant exceptionnel, un grand professeur, un grand maître et un vrai guerrier.
Il émane de lui quelque chose qui inspire le respect. il est puissant, fluide et extrêmement efficace.
C’est en plus quelqu’un de terriblement accessible, il corrige tout le monde, quelque soit leur niveau. Il n’hésite pas à reprendre un débutant ou quelqu’un d’un autre style.

Epilogue

Lionel et moi sommes invité à prendre le repas de midi avec les sensei, l’équipe de Uechi-ryû de belgique et d’autres participants
Sans se perdre (pour une fois), on arrivera juste à temps pour tirer une santé (faire ‘kanpai’).
Sensei Shimoji est vraiment une personne aimable, simple. Il propose de la bière, rempli les verres vides, rit, discute avec tout le monde sans distinction d’âge et de sexe.
Il raconte des blagues, il rit, il ne se prend pas au sérieux. Il s’intéresse aux gens, leur pose des questions.
Le repas est très conviviale. Les maître m’étonnent une fois de plus par leur simplicité, leur humour, leur gentillesse.
On a dû mal à croire quand on voit des maîtres qui vivent aussi simplement, qui ne se prennent pas au sérieux, qu’il y a des gens dans le monde des arts martiaux qui eux se prennent au sérieux, pètent plus haut que leur cul, et instaurent un véritable culte de la personnalité, déifient la pratique, sont psycho-rigide et se prennent la tête pour des conneries.
Le repas est super sympa. On dégustera un super repas dont le plat principal est délicieux pot au feu cuisiné par la douce et tendre de Tsuyoshi ainsi qu’une amie (et pratiquante, présente au stage).
Maître Shimoji a beaucoup d’humour. Durant le repas il a commencé à brancher les jeunes pratiquants belges, (qui ne parlaient que le flamand, et un peu l’anglais) sur les filles. Il leur a demandé s’ils avaient des copines, etc.
Bref, ce fut assez amusant. L’ambiance est décontractée et vraiment, vraiment conviviale.
Je repars avec Lionel vers 16h. Il m’emmène alors au quartier de l’opéra pour aller à l’épicerie Japonaise Kioko pour faire le plein de natto.
Il est 17h30. Compte tenu du fait que mon train est à 21h25 et qu’il est certainement difficile d’aller gare de l’est en voiture et surtout sortir de Paris à cette heure, on préfère se laisser proche du métro pyramide (ou une station proche).
Lui doit encore réussir à sortir de Paris d’ici, et moi tuer quelques heures.
Il me dit “je te déposes là, tu n’as plus qu’à aller tout droit  et tu trouveras une entrée de métro”.
Je vais tout droit… et… je ne comprends pas je me retrouve place Vendôme.

Je ne sais pas par où je suis passé mais à un moment donné je me suis cru au Monopoly.

En cherchant une issue je continue à marcher et j’arrive Boulevard Haussman.

Pour finalement décider de continuer jusqu’à la gare de l’est à pieds.

J’y arrive 1h30 de marche plus tard et attends dans le hall quelques 2 heures. Le temps passe vite avec un picsou magazine et de la musique… quoi que…

Un grand merci à Lionel pour m’avoir trimballé dans Paris. Merci infiniment mon ami.

ici une vidéo du stage (montée et mis en ligne par Tsuyoshi): http://youtu.be/jN2YQW3hzhs

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