Avr 152015
 

Passant toute la semaine à Montpellier du 6 avril au 10 avril jusqu’au soir, et ne pouvant prendre un train de nuit pour rentrer, j’ai prolongé mon séjour dans la région du Languedoc Roussillon de deux jours pour participer au stage des experts japonais sud. Et donc j’ai pris un hôtel pas trop loin du lieu du stage.
Le matin je me lève donc tôt pour petit déjeuner. Je profite de la formule à volonté pour me réhydrater à fond et prendre plein de sucres lents, car je n’ai pas pu boire quoi que ce soit la veille au soir ni manger (j’en parlerai également plus tard). Je marche donc avec mon gros sac à dos qui n’a rien à envier aux carapaces des tortues ninja jusqu’au lieu d’entrainement qui est le siège de la ligue sud de Karaté. Le dojo est superbe et le lieu assez vert (pour l’instant car ça se construit vite). L’intérieur du dojo est vraiment vraiment très très chouette et très fonctionnel: de nombreux sacs de frappe, un bob, et des surfaces de combat sur plusieurs niveaux.
Après l’inscription qui prend une bonne heure, les sensei arrivent. Ils dorment à un hôtel au-dessus du miens, et quelqu’un est allé les chercher en voiture. Et ça se comprend (j’en parlerai plus tard). Le programme nous ramène au début de la création de ce stage à Paris en 2006. Chaque expert est responsable d’une séance de 1h30 où il est libre de présenter son style de donner des axes de travail liés à son style. On n’est plus dans le thème ou chaque expert passait entre 15 minutes et 30 minutes pour respecter un thème particulier (atemi, déséquilibre, projection) en partage avec un autre expert mélangeant parfois les canons des styles. On retrouve donc un expert par surface de combat qui fait découvrir un travail particulier de son école pendant 1h30.

Pour le premier cours je choisis sensei Ôtsuka Kazutaka et son école de Wadô-ryû. C’est un des experts japonais d’une autre école dont j’apprécie le plus le travail et c’est toujours un immense plaisir que de le suivre. Et ce n’est pas le wadôryū au sens général que jaime mais sa façon à lui de l’enseigner, sa forme de corps, sa pratique. Depuis ma première rencontre avec son karate j’avais déjà été convaincu, mais là je peux dire que j’en ai eu pour mon argent, voir plus. Sensei Ôtsuka nous a ouvert de nombreuses portes de recherche de l’efficacité par une pratique corporelle et structurelle.

Après un rapide échauffement articulaire nous travaillons l’ouverture et la fermeture du bassin indépendamment des épaules.  En fait il s’agit d’ouvrir et fermer le bassin en gardant les épaules droites. Puis on continue en travaillant la ceinture scapulaire. Pour nous faire sentir ce travail il nous parle d’étirer le trapèze et comprimer la poitrine,  ou bien étirer le diaphragme. Le travail consiste à utiliser l’épaule pour gagner en amplitude mais aussi en inertie avec un mouvement d’ondulation de la clavicule (c’est difficile à décrire,  il y a pour beaucoup de ressenti et surtout d’une démonstration en bonne et due forme). Pour cela nous faisons de nombreux exercices d’opposition dans lesquels il faut repousser ou frapper le partenaire en se servant uniquement du mouvement de l’épaule,  c’est à dire en étirant le diaphragme puis en étirant le trapèze. Je me demande si ce travail de la ceinture scapulaire tel que nous l’a montré Sensei Ôtsuka est vraiment du Wadô-ryû,  car je retrouve le même travail et les mêmes applications que ce que m’avait enseigné Lionel en Kônan-ryû et en Hakutsuru-ken,  mais aussi du travail que j’ai pu retrouver en Wing-chun. Afin de ressentir ce travail nous faisons du zéro inch punch, puis nous tentons de l’utiliser pour déséquilibrer le partenaire en posant la main près de sa nuque. Je demande à sensei Ôtsuka de me faire sentir le mouvement, et impossible de lui résister même en ancrage sanchin-dachi. Poussé par le mouvement d’épaule le bras devient une sorte de fouet et sensei Ôtsuka arrive à me manipuler comme si j’étais une marionnette entre ses mains et me fait valdinguer dans tous les sens. Une des applications que nous travaillons est une défense sur attaque oizuki gedan.  Le mouvement d’épaule permet un gedan-barai qui va intercepter le bras qui attaque et déséquilibrer le partenaire ce qui nous permet de l’amener au sol. Une autre est d’esquiver l’attaque en accompagnant le mouvement de fouet partant de l’épaule puis de contrattaquer.

On aborde ainsi les principes du Wadô-ryû: ten-i (転位, déplacement), ten-tai (転体, rotation du corps), ten-gi (転技, parade et défense simultanée) sur des techniques basées sur Nagasu (流す, épandre, laisser couler), Inasu (往なす, repousser, chasser) et Noru (乗る, accompagner, embarquer, passer, suivre). Et notamment une de leur forme de corps, penchée en avant, avec une ouverture de la hanche pour la jambe arrière. Ce dachi est très particulier et compte tenu du contexte tel que nous l’a présenté sensei Ôtsuka il est très mal employé par de nombreuses écoles qui se veulent wadô-ryû mais ne sont au final que du shotokan avec ce dachi et un kata de tantô au 3ème dan. Autrement dit, on a eu l’honneur d’avoir un vrai travail de Wadô-ryû.

Le travail présenté a été très très fin et très riche et il y en avait pour tous les niveaux. Et j’avoue n’avoir pas pu aborder certains principes. Je n’ai malheureusement pas le niveau pour avoir ressentit le travail. Il faut dire que les mouvements de sensei Ôtsuka sont tellement fin, qu’ils ne sont pas perceptibles et pour avoir ressenti les effets, je peux dire que cela fonctionne, le tout sans mettre aucune force.

Puis après 5 minutes de pause, commence le travail de sensei Shimabukuro Yukinobu, 9ème dan de Uechi-ryû, représentant auprès du soke Uechi-ryû pour l’Europe. Durant les 1h30 qui lui sont allouées il présente les spécificité de notre école. Le pourquoi du travail mains ouvertes et l’histoire lié à cette position. Après avoir présenté sanchin-dachi, hirate-mawashiuke et wa-uke, on rentre dans le vif du sujet avec du renforcement et endurcissement et du travail de self-défense. Sensei Shimabukuro nous explique que le but du karaté est avant tout la self-défense et que pour la self-défense il faut faire mal. Et pour pouvoir faire mal, il faut connaitre la douleur. L’endurcissement permet d’apprendre à faire efficacement mal, de connaitre la douleur pour pouvoir la donner, mais aussi de la maitriser, de la dompter.
Je travail avec un haut gradé du shôrinji-kenpô. Un solide gaillard, super sympa et qui cogne pas pour rigoler. Au shôrinji kenpô ils savent cogner, et comme il faut. Sur les low-kick il m’a fait manger comme il faut, et pourtant il travaillait souplement sans mettre de force. La plupart des gens du shôrinji kenpô qui suivaient sensei Aosaka, que j’ai pu rencontrer cognaient fort et bien, et ils avaient pas peur de rentrer dedans ou qu’on leur rentre dedans. Sensei Shimabukuro présente ensuite deux trois formes de défenses en forme self-défense sur saisie et attaque simultanées ou en contre de techniques de jambes (mae-geri, low-kick, mawashi-geri), en utilisant les principes du Uechi-ryû et des avantages de l’endurcissement. Mais surtout sur des enchaînements. L’attaquant ne se limite pas à une seule attaque et le défenseur ne s’arrête pas au coup unique. Même après 6 ans de pratique de cette école (ou 9 ans avec 3 ans sous forme de stages), je continue à découvrir des principes, des sensations, et des choses qu’on ne fait pas travailler en club, mais que l’on doit découvrir soi-même au travers des sensations.

Vers la fin de la mâtiné de stage on travail de l’EndurKumite (copyright Dom) appelé aussi Kumikitae (copyright moi), c’est à dire enchainement une série d’attaque en plein contact sur un partenaire qui encaisse. Là, j’ai morflé… Sensei Shimabukuro ne parait pas, mais il n’a rien perdu et cogne dur!

Pour finir sensei Shimabukuro me demande de faire un kata de Uechi-ryu pour présenter le style. Je réalise seisan et lui enchaine derrière par sanseiryû.

Puis à 13h, le stage se termine pour la mâtiné, et pour le reste du week-end pour moi… J’ai passé une excellente mâtiné et j’ai appris plein de chose. Sensei Ôtsuka m’a ouvert un nombre incalculable de portes de travail dans les canons de mon style et sensei Shimabukuro m’a appris encore plein de choses sur le Uechi-ryû et m’a fait découvrir de nouvelles sensations.

Les plus: des sensei d’exception qui continuent à chercher, à se remettre en cause, à donner d’eux, et surtout à partager leurs connaissances et leurs expériences, super ouverts. Une équipe FFKaraté très accueillante, efficace, performante, chaleureuse. Des super locaux, une surface de combat très jolie et vaste, un matériel complet (avec nombreux sacs de frappe, un bob).

Les moins:

  1. C’est paumé, y a rien autour… sans moyen de locomotion on peut rien faire, même pas manger. Le vendredi soir, tous les restos autour de l’hôtel étaient fermés, j’ai marché 2 heures pour trouver un supermarché fermé lui-aussi, je n’avais donc pas de flotte et je n’ai rien mangé. Le samedi après midi, complètement déshydraté j’ai encore marché 2 heures pour trouver un supermarché, j’ai pu boire et manger, mais je suis arrivé au centre d’entrainement à la fin  du stage. Les deux hôtels les plus proches n’ont strictement rien autour qui ouvre le week-end. Et à pied c’est la galère, c’est tout de suite 30 minutes de marche minimum. Et à cause de cela et parce que j’avais un billet qui ne me permettait pas de m’assurer de ne pas rater le train après le stage, j’ai dû partir plus tôt et donc rater les cours du dimanche matin. Au final, sans moyen de locomotion, l’endroit est désert, et c’est vraiment la galère pour aller au centre et du centre à un lieu de restauration. Ce qui est sûr c’est que je n’irai plus à un stage de la FFKaraté en zone sud. Même si les stages sont relativement pas chers, l’hôtel m’a coûté un rein sans oublier le billet de train car j’ai dû le changer suite à une erreur (72 euros de plus, j’étais heureux), et si j’avais dû louer une voiture, je vendais également mes yeux et mon foie!
  2. Beaucoup de pratiquants viennent avec leur belle ceinture rouge et blanche pour se montrer. La moindre des choses quand on est face à des experts de la trempe de ceux présents, c’est de faire preuve d’humilité et de mettre une noire. Mais il y a eu beaucoup de gens qui sont venus faire les beaux, se montrer et n’ont pas beaucoup travaillé. L’humilité c’est ce qui manquait un peu à ce stage. C’est limite s’il y avait pas eu plus de ceinture rouge et blanche que de pratiquants normaux (kyu et noires)

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