Août 172007
 

柔術

 

Parmi la plupart des passionnés intéressés à l’histoire et à la culture des arts martiaux, il y a assez d’hésitations au moment d’employer la dénomination jujutsu, ju-jitsu, jiu-jitsu ou n’importe quelle autre variante pour se rapporter à un même concept, celui de “l’art de la souplesse”.

Nous partons du principe que n’importe laquelle de ces dénominations est correcte pourvu qu’elle se rapporte à une association, fédération, école, méthode d’enseignement déterminée etc…(Pour une histoire de nom de marque, de copyright, …) Mise à part la logique de la liberté de marché, toutes ont différentes façons de transcrire ou “romaniser” une unique dénomination japonaise. Néanmoins, quand nous voulons nous référer d’une façon générique à l’art martial ou discipline en question, il semble logique qu’il doive exister un seul critère. Nous pensons que ce critère doit être celui de l’orthodoxie lexicographique, et de ce point de vue, on devrait utiliser la dénomination jûjutsu. Nous essaierons d’expliquer ce doute.

L’ORIGINE DU PROBLÈME

La confusion a augmenté ces dernières années, quand, parmi les passionnés s’étend la conviction que jujutsu ou leurs variantes font allusion aux koryu ou écoles du Japon ancien, tandis que ju-jitsu, et principalement jiu-jitsu ou leurs variantes, font allusion aux formes modernes, particulièrement celles de formation occidentale, comme le Jiu-Jitsu Brésilien et ses différents substyles familiers, ou les formes américaines ou européennes de “l’art de la souplesse”. Naturellement cette distinction purement arbitraire, qui semble vouloir clarifier les choses, ne fait que les embrouiller.

En Espagne, par exemple, il y a environ trente ou quarante ans, dans les écoles d’arts martiaux (de jûdô plutôt) il avait coutume de parler de “jiu-jitsu”, comme une discipline de défense personnelle à ce moment-là plus liée à l’attachement des professeurs de judo pleins de bonne volonté qu’à l’héritage des antiques ryu, et celle-ci est resté jusqu’à nos jours la dénomination du département de Jiu-Jitsu de la Fédération Espagnole de Judo et Disciplines Associées. Par conséquent la dénomination “jiu-jitsu” n’est pas aussi moderne parmi les espagnols comme pourrait faire croire la récente importation dans ce pays de la méthode brésilienne. Mais il est certain qu’elle semble une dénomination occidentale, et donc moderne, en le sens qu’elle n’a pas plus de cent ans, de même que pour la dénomination ju-jitsu. En fait, la plupart des livres, affiches et journaux européens du début du XX siècle qui se réfèrent à cet art utilisent le terme “jiu-jitsu”. En tout cas c’est une dénomination prépondérante jusqu’à la Deuxième Guerre Mondiale, et elle est plus dûe à une interprétation phonétique qu’à une méthode rudimentaire de transcription de la langue japonaise écrite. La méthode Hepburn, bien que proposée dans les années ’60 du XIX siècle, n’avait toujours pas surpassé le milieu des spécialistes, et les autres méthodes ne nous étaient même pas encore arrivées.

Concrètement cette interprétation du bruit, du langage oral, subjective sinon erronée, souvent basée sur des accents locaux distinctifs, semble claire dans le cas du jiu-jitsu brésilien (introduit dans les années ’20 par l’expert japonais Mitsuyo Maeda). Dans le cas d’autres disciplines japonaises connues plus tard par le grand public, ce problème a été résolu par un meilleur accès à une transcription correcte: voir le kenjutsu, le iaijutsu, le bojutsu, etc. ou même le mot bujutsu (et pas bujitsu).

Voyons un tableau de “variations sur un même thème” qu’habituellement sont trouvées dans le vaste monde des arts martiaux:

ju-jutsu ju-jitsu jiu-jitsu
ju jutsu ju jitsu jiu jitsu
jujutsu jujitsu jyu-jitsu

Il faut définir si le choix d’une ou autre dénomination est motivé seulement par des raisons politiques, associatives et/ou commerciales (enregistrement des marques, etc.), ou par des raisons de convenance de la prononciation de chaque langue en particulier. Dans ce dernier cas il ne serait pas absurde, au moins en espagnol, de changer la graphie “j” par la graphie “y”, comme en son temps proposa l’Académie Royale Espagnole de Langue pour le cas du “yudo”, et comme ça, figure dans son Dictionnaire bien que celui-ci accepte également “judo”; quelque chose très différent serait que la graphie “yuyutsu” devienne populaire ou plutôt tombe comme “yudo” dans les limbes du mépris. Mais quand on prétend, comme il arrive souvent, qu’un certain choix est le seul correct vu qu’elle est la seule transcription fidèle de l’original japonais, les objections sont absolument pertinentes.

ALLONS AUX SOURCES

Pour comprendre ce qui suit, il faut manier des concepts comme celui du “kanji”: d’idéogrammes employés pour écrire la langue japonaise qui généralement sont connus comme “les lettres chinoises”; ou “romaji”, qui se rapporte à n’importe laquelle des multiples méthodes de romanisation ou transcription des caractères japonais à l’écriture latine. Un dictionnaire kanji-romaji serait, donc, celui qui nous indique aux occidentaux comment nous devons écrire avec notre propre écriture les mots japonais représentés par les kanji. Le mot “kanji”, lui-même, est la façon romaji d’écrire le mot composé de deux caractères, qui signifient “Dynastie Han” (simplifiant “la Chine”) et “caractère” (ou lettre). Nous, comme la grande majorité des dictionnaires, nous utilisons la méthode Hepburn de romanisation. C’est la plus utile pour les lecteurs occidentaux parce que nous indique la prononciation, mais c’est également la plus acceptée par les japonais avec différence. Pour que nous ayons une idée, suivant le Kunrei Shiki (méthode “Officielle”), le deuxième système le plus utilisé, le mot jujutsu serait écrit zyuzyutu (zyûzyutu), bien qu’il soit prononcé de la même façon. C’est clair que nous écartons cette méthode.

Jujutsu est un mot composé, constitué par deux kanji, chacun avec plusieurs possibles lectures:

 

kanji on’yomi kon’yomi traduction
juu, nyuu
(じゅう , にゅう)
yawara, yawa(raka), yawa(rakai) souple,
doux,
flexible
jutsu
(じゅつ)
  art,
pratique,
science

La lecture “on” est d’origine chinoise. Elle se fonde sur la prononciation des caractères chinois qui ont été empruntés depuis le V siècle de notre ère, et c’est celle que les japonaises utilisent principalement pour lire des mots composés par des plusieurs kanji. Dans les dictionnaires kanji-romaji on l’écrit avec des majuscules. Il faut dire que dans ces dictionnaires on lit “jû” (u longue) ou “juu” et pas “jiu”, ainsi que “jutsu” et pas “jitsu” (ce dernier réservé pour des autres kanji).

La lecture “kun”, cependant, est d’origine purement japonais, et utilisée d’ordinaire pour lire les kanji quand ils vont sans accompagnement. Dans les dictionnaires on l’écrit avec des lettres minuscules.

Comme curiosité, voyons deux kanji qui dans les dictionnaires ont leurs lectures “on” comme “jitsu” (il n’y a aucun exemple pour “jiu” par les raisons que nous allons voir un peu plus a l’avance):

kanji on’yomi kon’yomi traduction
jitsu (じつ) mi, mino(ru) véritable,
réel,
fruit,
baie
jitsu, nichi
( じつ, にち)
ka, hi jour,
le soleil,
le Japon (日本)

Du moment que les éditeurs ou les auteurs japonais utilisent des kanji difficiles, ou peu utilisés, ils montrent aux lecteurs comment ils doivent lire les kanji à travers des “furigana”, qui sont des annotations écrites au moyen du syllabaire hiragana de 46 caractères. Les Kanji que nous utilisons sont d’un niveau basique et bien connus, donc habituellement ils ne vont pas accompagnés de furigana, mais nous utiliserons cette ressource pour nos intentions.

Ensuite nous verrons les furigana pour ces kanji et leur lectures romaji avec les syllabes qui les composent. Il nous attirera l’attention que la syllabe “ju” (de jû, et de jutsu) se compose en fait de deux caractères: celui correspondant à la syllabe “ji” et un autre plus petit, correspondant à la syllabe “yu”. Les japonais utilisent ce procédé parce qu’ils n’ont pas un caractère hiragana pour la syllabe “ju”. Ils écrivent le caractère “yu” plus petit pour indiquer que tous les deux sont lus comme une syllabe simple. Bien qu’il ne soit pas absolument clair si c’est un diphtongue phonétique (dans quelques régions c’est ainsi, et il se prononce comme un diphtongue), et non seulement orthographique, qui est ce qu’il semble, c’est nécessaire le traiter et le transcrire de cette façon, comme une syllabe simple, la syllabe “ju”. Pour notre compréhension, la syllabe “ju” existe indépendamment de si elle a son propre hiragana ou non. A cause de cette raison, dans les dictionnaires, il y a plusieurs kanji avec la lecture romaji “ju” ou “jû” et aucun avec la lecture “jiu” ou “jyu”.

jujutsu
La forme correcte est alors “ju”, pour jujutsu, comme pour judo (et pas jiudo), ainsi que la manière correcte est “jutsu” et pas jitsu, jiutsu ou jyutsu.

AVEC LE TRAIT OU SANS TRAIT?

Selon le texte qui précède, ça serait indifférent. Cependant, quel est l’origine du trait en question? Il faut rechercher la raison dans la différentes façons de composer les mots que nous avons les occidentaux et les japonais.

Qui que ce soit l’espagnol, l’anglais ou le français, il coexiste, à côté d’autres critères de composition lexicale, la coutume de former des mots composés juxtaposant au moyen d’un trait d’union les correspondants mots simples. C’est la raison pour laquelle beaucoup de transcriptions du japonais, voulant s’approcher un peu plus à la coutume occidentale, utilisent également le trait. Ceci peut être permis pour notre propre confort, mais pour les japonais sûrement il n’a aucun sens: il n’y a pas de trait pour la composition des mots dans le kanji ou dans le kana. D’autre part, pourquoi faisons nous ça pour ju-jutsu et pas pour judo? Il peut être apporté en faveur du trait, l’exemple du mot karaté-do, mais dans ce cas-ci il est beaucoup plus incontestable parmi nous la coutume (qui est normalement ce qui “fixe” les mots), malgré n’être pas la plus précise du point de vue lexicographique. Un contresens c’est écrire séparément les composants du mot ju jutsu (á l’égal d’écrire “ju do”), comme si ils étaient deux mots différents. La composition est le système le plus habituel pour faire des mots en japonais, beaucoup plus davantage que dans les langues occidentaux susdites, et les mots composés sont traités entièrement comme un seul, dans les dictionnaires par exemple. Par conséquent, de ce point de vue lexicographique, le plus précis est écrire jujutsu et pas ju-jutsu ou ju jutsu. Les autres critères mentionnés (et rappelons également celui-là de l’enregistrement des marques déposées) sont bien sûr également acceptables, mais pas aux cas qu’ils prétendent avoir cette base.

Comme de raison, tout ce dit en cet article est d’application à d’autres cas semblables: bujutsu/bujitsu, ninjutsu/ninjitsu et d’autres.

source: http://www.shorinjikempo-oviedo.es/content/view/49/49/

La norme

http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C5%8Dmaji
En 1989, la norme ISO 3602 institue le kunrei-shiki comme la transcription internationale officielle. Cependant, dans les faits, la transcription Hepburn est la plus utilisée hors du Japon et au Japon aussi.
donc jujutsu par la méthode kunrei-shiki avec l’exception phonétique ou avec la méthode Hepburn modifiée s’écrit jûjutsu
si on l’écrit en suivant les kana on écrira : juujutsu.

  2 Responses to “Jujutsu, jujitsu ou jiujitsu?”

Comments (2)
  1. Juste une petite remarque concernant la version brésilienne :
    Par erreur (le même genre d’erreur que tu décries, fort bien, dans ton article) les Brésiliens ont retranscrit “Jiu-Jitsu”
    Cette faute d’orthographe/retranscription est restée et si on veut désigner le JJB, là il faut faire exprès cette faute en l’appelant “Jiu-Jitsu Brésilien” (ou “Gracie Jiu-Jitsu”, mais cette dernière appellation qui avait un but purement marketing de la part de la famille Gracie (Rorion surtout), tombe en désuétude)

    Pour la version française (FFJDA, Pariset, Surace, etc…) :
    Ils se sont trompés en orthographiant “Jujitsu”, mais comme ce n’est pas de l’authentique “Jûjutsu”, ça ne pose pas de problème

    Du coup je propose 3 graphies distinctes :
    Jûjutsu pour les versions authentiques traditionnelles japonaises
    Jujitsu pour les synthèses approximatives créées en France
    Jiu-jitsu pour le sport Brésilien spécialisé dans le combat sportif au sol

    • bonjour jUz@m

      oui tout à fait, 3 graphies distinctes qui représentent 3 types d’écoles distinctes.
      Seul problèmes c’est que les graphies occidentales représentées par “jujitsu” se revendiquent comme étant d’origine japonaise, étant l’art des samurai, et pour certaines écoles, se revendiquent comme étant des écoles authentiques n’ayant subit aucune modification par rapport à ce qui vient du Japon. Et donc on peut lire de nombreuses historiques, repris des ouvrages plus ou moins sérieux, expliquant que le “jujitsu” vient des écoles des samurai.

      Or comme je l’avais expliqué dans un autre poste : https://www.shinryu.fr/2302-jujutsu-traditionnel.html, les écoles originales japonaises ont un travail de principes, et de structure, qu’on ne retrouve pas dans les “jujitsu” synthétiques occidentaux qui ne travaillent que des techniques avec plus ou moins de mise en situation, mais absolument pas les principes et structures fondamentales spécifiques et représentatives des écoles. Un exemple la techique “kote gaeshi” qui consiste à retourner la main pour faire une clef de poignet. Cette technique faite en yagyu shingan ryu, en daito ryu ou en yoshin ryu n’a pas le même ressentit, les mêmes sensation, car les principes derrières sont différents. Pourtant, il s’agit simplement de retourner la main pour tordre le poignet. Or dans ces écoles de synthèses il n’y a pas de travail de ces principes.

      Du coup se nommant jujitsu pour profiter du nom déposer comme un concept marketing, ils n’en sont pas moins un mélange de technique qui n’a rien de commun avec les écoles du soleil levant ni en profondeur, ni en substance. Elles ne sont qu’un assemblages de technique sans substance. On les appellerait “jujitsu français” ou “néo-jujitsu de synthèse” ou “faux-jujitsu” que ça serait plus logique que l’appellation japonaise qui se revendique comme originellement issus du Japon.

      Le terme jûjutsu ne veut pas dire “école/technique de la souplesse”, car le kanji ‘jû’ (柔) est plus complexe que la seule traduction “souple”. Et ça ne veut pas dire, “utiliser la force de l’adversaire contre lui”, ça ne veut pas dire “absorber”, etc… car dans ce cas, TOUS les arts martiaux du monde sont des jûjutsu. derrière l’étymologie du terme, il y a d’autres notions qui sont spécifiques à ces écoles, et qu’on ne retrouve pas dans les formations occidentales qui ne sont que des mélanges de jûdô avec du pied/poing et du chinna. Et n’ont pas ces principes qui caractérisent les écoles de jûjutsu. Et c’est justement parce que beaucoup de gradés et haut gradés de ces écoles se revendiquent du jûjutsu japonais (dont ils n’ont pas compris ce qu’est le jûjutsu) que je ne peux pas me permettre de faire de concession sur cette appellation occidentale de quelque chose qui n’a rien à voir avec une origine théorique…

      Je ne parle pas du jiujitsu brésilien que je ne connais pas et qui se revendique comme étant une méthode brésilienne.

      Donc oui, trois appellation pour trois choses différentes… mais établir un lien entre une école jûjutsu authentique et une synthèse jujitsu occidentale moderne, est une erreur. Mais c’est ce qui fait vendre, et les nombreux messages sur internet tendent à le démontrer. Si l’érudit, celui qui a fait des recherches à pratiqué un peu ces écoles authentiques, peut comprendre la différence, le néophyte, lui se voit leurré, et bercé de douces illusions. Et il ne s’aperçoit pas qu’on le trompe honteusement sur la véritable nature du produit. Un peu comme acheter une choucroute alsacienne au vin blanc, et se retrouver avec du choux râpé quelconque, un vin blanc type villageoise, des patates à frites et des morceaux de cochon peut importe leur origine, le tout cuit au micro-onde ou à la casserole. Sur la photo ça fait sympa… mais au goût, rien à voir…

      Amicalement
      Jack

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