Oct 022010
 


Self-défense (mauvaise traduction littérale du terme d’origine anglo-saxon signifiant “défense personnelle”), self-protection (idem pour la traduction de “protection personnelle”)… tant de termes pour signifier quoi?

Tous ces termes caractérisent de nombreux concepts, de nombreux arts, de nombreuses pratiques, mais chaque personne, chaque pratiquant, chaque discipline a sa propre définition. En général ils se relient tous à un principe celui de la rue, celui de la relation de prédateur/agresseur à victime potentielle ou agressé. En général il est utilisé par des écoles modernes, des synthèses se voulant traditionnelles cherchant à toucher un large publique pour offrir à la fois l’optique d’une pratique comme au pays d’origine, mais qui sert aussi à ne pas être une victime.

Dans les arts martiaux traditionnels japonais comme les écoles de jûjutsu, les écoles de karate, etc… on parle de self-défense dès lors que l’on apprend des techniques de défense sur des attaques non conventionnelles, des attaques potentiellement visibles lors d’une agression. Ce qui implique une adaptation des techniques vues dans la pratique traditionnelle pour les appliquer à une agression potentielle simulée en général à l’entrainement. Est-ce pour autant DE la self-défense? Certains diront que oui, personnellement je pense que le terme self-défense va plus loin.

Il existe de nombreuses écoles modernes, qui basent leur pratique essentiellement sur la self-défense… comme le Krav Maga, le judo-jujitsu, l’atemi jujitsu, le Tai-jitsu, etc… Dans ces écoles, le travail traditionnel est nettement plus limité pour laisser la place à l’apprentissage de techniques essentiellement basées sur des défenses contre des attaques dites “de la rue”. Encore une fois il ne s’agit que de l’apprentissage de techniques…

Mais que faire lorsque justement, lors d’une agression, ces techniques ne sortent pas car le stress provoqué par l’agression paralyse tout mouvement, toute réaction?

C’est là qu’interviennent des arts spécialisés en self-défense comme le RDS (Rapid Defense Système de Vincent Rocca) ou d’autres comme l’AITO, le FISFO, l’ADAC, etc… Et leur concept de protection ou défense personnelle rejoint plus la mienne, à savoir qu’ils apportent des réponses techniques mais ne se limitent pas à cela car ces écoles ont un travail de gestion du stress et de réaction nettement plus important. Un ami et instructeur en self-défense a l’habitude de dire “le but de la défense personnelle c’est de pouvoir s’enfuir”. Il ne faut pas oublier qu’on vit dans un pays régit par des lois, que ces lois protègent les victimes, mais aussi les agresseurs si les rôles s’inversent. Il ne faut pas oublier que l’on vit dans un pays où l’héroïsme et la notion d’honneur n’ont pas de grande valeur par rapport à la responsabilité que l’on a au sein de sa famille, de sa communauté. Des héros il y en a plein les cimetières, et je pense que du point de vue de nos proches et de nos communautés, il vaut mieux être un lâche vivant qu’un héro mort (ou pire, handicapé à vie et de ce fait un poids pour notre communauté, notre famille).

Dans ce qui est dit ci-dessus, je ne parle pas des arts comme l’arnis/eskrima/kali, des arts comme le pencak silat, le wing-chun, le Uechi-ryu… mais je développerai cela plus loin. Pour le reste, ma pratique étant assez limitée je ne peux donc pas juger des arts tels que les yi-quan, baguazhang, bajiquan et de nombreux arts de Shaolin ou du Wudang. Ma vision des choses se porte essentiellement sur ces écoles qui se veulent traditionnelles ET de self-défense, alors qu’elles ne sont ni traditionnelles, et que la vision de la self-défense est assez étriquée. Et il est évident que de nombreux professeurs d’arts martiaux dit traditionnels, travaillent et enseignent tel que développé ci-dessous… Il ne faut donc pas stigmatiser tous les clubs et tous les enseignants, mais il est une majorité de professeurs d’arts dit “traditionnels” qui n’ont de traditionnels que le nom, qui travaillent à l’ancienne sur des mauvaises bases et n’enseignent au niveau self défense qu’une partie technique  restreinte et insuffisante (même souvent très limitée et offrant de mauvaises réponses pratiques) et occultent des principes de protection-personnelle très important, comme la gestion pré-agression, la gestion post-agression et des notions de droit civique…

Quelle est ma conception de la self-défense?

Dans un premier temps je suis persuadé qu’apprendre des centaines de techniques sur des dizaines d’attaques potentielles d’agresseurs ne sert pas à court terme, et que ce n’est pas la chose la plus importante… il faut voir au-delà de la seule technique. Pourquoi cela? Tout simplement car de nombreuses techniques sont létales voir incapacitantes. Le concept judéo-chrétien de préservation de la vie d’autrui est ancré en nous dès l’enfance, et il est difficile de porter atteinte à l’intégrité physique de quelqu’un de sang froid, mais aussi sous l’action d’un stress ou d’une émotion intense (sauf la colère). En général ça se traduit par un blocage. Ces inhibitions peuvent avoir pour effet de bloquer la personne et d’empêcher toute réaction, surtout celles qu’elle a l’habitude d’avoir à l’entrainement. A quoi sert d’apprendre des centaines de techniques si on reste paralysé par la terreur? Et quand bien même on ne serait pas paralysé et que l’on serait suffisamment vindicatif pour riposter, combien de personnes se sont retrouvées en état de choc psychologique dur après s’être défendu et après avoir terrassé leur agresseur (et ici on ne parle pas d’ennuis judiciaires à postériori). Est-ce que briser les membres d’un agresseur, le faire baigner dans son sang mérite les longues années de soins psychologiques et de cauchemars qui s’en suit pour la majorité des gens? Si les techniques de défenses sont importantes en protection personnelle, elles ne sont pas l’unique but et la seule finalité… elles sont un ultime recourt! Celui où il n’y a pas d’autre choix que de combattre pour se sauver ou sauver sa peau. Mais ça implique un sacrifice de soi, de son équilibre psychologique, et peut-être de son intégrité physique (donc la possibilité d’être sérieusement blessé, sérieusement amoché, voir défiguré). Alors comment ne pas en arriver là? C’est assez simple en fait, et comme c’est simple c’est ce qu’il y a de plus complexe.

La self-défense est avant tout un moyen justement de ne pas aller vers l’affrontement celle où l’adversaire a 33,33% de chance de gagner, où vous avez 33,33% de chance de gagner et où il y a 33,33% de chance de perdre tous les deux… Donc 66,66% de chance de perdre… perdre quoi? Son intégrité physique, sa vie, sa santé physique, sa santé mentale (traumatisme psychologique), etc… A quoi sert d’apprendre des techniques d’affrontement alors qu’il est plus intéressant de travailler ce qu’il faut pour justement ne pas aller à l’affrontement.

Comme il est évident que compte tenu du nombre de facteurs hasardeux qui relèvent d’une agression (nombre d’agresseurs, y en a-t-il de cachés, sont-ils armés même s’ils ne montrent pas d’arme, etc…), il est certain qu’il faut éviter d’en arriver là. Malheureusement beaucoup de professeurs de self-défense n’enseignent que l’affrontement physique comme technique de self-défense et comme but… ce qui revient à induire le fait que les élèves qui auront la malchance de subir un début d’agression, de n’avoir comme seule solution un affrontement inévitable. Hors il en existe d’autres des solutions!!! Pour les meilleurs d’entre ces élèves, ils en ressortiront indemne mais avec un des problèmes judiciaires ou de conscience… pour les moins expérimentés, les moins talentueux ou les moins chanceux, ça peut aller jusqu’à l’hospitalisation à durée indéterminée voir un passage définitif dans l’autre monde. Imaginons la scène, je fais du “Grave Maka” ou un “jus gicle dessus”, une personne s’approche de moi, je sens qu’il y a quelque chose de malsain, mais malgré tout je le laisse approcher (erreur… mais nous ne sommes pas là pour parler technique). Lorsque la situation devient craignos je prends les devant et frappe… Ou alors le ton monte, et lui finit par frapper… et là je fais ma défense apprise par coeur (déjà un bon point je n’ai pas été paralysé par le stress): coup de pied à l’entre-jambe, frappe à la gorge et projection. Il se brise l’occiput au sol en tombant sur la tête et le sang se répand… devant tous les autres passants… Imaginons une autre extrémité… mon coup de pied à l’entrejambe qui passe bien à l’entrainement, touche sa cible mais l’effet escompté ne fait rien à par le rendre fou furieux, j’enchaine mes techniques mais rien n’y fait, il se jette sur moi et me poignarde avec le couteau qu’il avait caché et que je n’avais pas vu… Est-ce que ça n’aurait pas été mieux au final de passer pour un lâche et de battre en retraire, changer de trottoir, de wagon de train, de place dans le bus, de faire un détour?

Mais comment ne pas aller à l’affrontement, comment voir et choisir les autres solutions? C’est là qu’interviennent ce que je considère comme de vrais cours de self-défense… c’est à dire la gestion antérieure de l’agression, c’est à dire au moment où pour le commun des mortels on se fait submerger par un flux d’adrénaline, d’émotions, de peur (voir de panique, ou même de terreur), que la vue se rétrécie (effet tunnel), que l’on perd ses moyens et que l’on en oublie tout ce qui a été appris durant de longues années d’entrainement. Il existe des cours avec des mises en situation qui permettent de travailler le coup d’oeil, le fait de garder son calme, de chercher une porte de sortie et non un moyen de combattre. Il y a de nombreux exercices pédagogiques qui permettent justement de travailler le contrôle de soi face aux déferlement d’émotions et de réagir avec calme et stoïcisme pour faire attention à l’environnement, à chercher un moyen de fuite ou le bon moment pour frapper avant d’être frappé… et tout cela malgré le hasard qu’apporte une agression. Tout ça se travaille! Dans les écoles authentiques et traditionnelles d’arts martiaux japonais, ça s’acquiert petit à petit par une longue pratique (encore faut-il suivre cette pratique jusqu’au bout et ne pas voleter vers autre chose car ces connaissances n’arrivent pas suffisamment vite), dans les arts spécialisés en self-défense qui ne font pas que du travail de techniques sur des attaques traditionnelles, c’est quelque chose qui se travaille dès le début et c’est un axe important de ce type de travail: comme la recherche de calme pour évaluer la situation. La self-défense c’est par exemple changer de trottoir quand on sent que l’on ne serait pas en sécurité sur un trottoir croisant le chemin d’un groupe d’individus. C’est ne pas traverser un parc la nuit seul et prendre un détour sur un chemin lumineux et pratiqué par de nombreux passants, c’est donner son porte-feuille si l’ont est subitement menacé par un individu armé (on sait jamais il y en a peut-être d’autres cachés), etc…. Évidemment il faut travailler la façon de se comporter en cas d’affrontement physique, mais ça ne se résume pas uniquement à des techniques.

Quel est le danger des synthèses modernes de self-défense?

Ces synthèses sont souvent créées par des gens qui n’ont pas été très profondément dans l’enseignement d’une école authentique traditionnelle et ont dû aller vers d’autres arts pour combler les lacunes de celles-ci (ce qui d’un côté est admirable, car cela montre un haut degré de maitrise de pouvoir détecter les lacunes d’un enseignement). Par exemple prendre le corps à corps du jûdô, pour le compléter par des techniques d’aikidô et des percussions du karate. Attention ça n’est pas une critique négative, il y a de très bonnes synthèses et très efficaces, et les fondateurs, sont parfois des gens altruistes, très ouverts, très humains, très généreux et très forts techniquement avec une grande expérience. Le problème à ce niveau est double, d’un côté appeler cela “traditionnel” et donner un nom japonais à l’école, alors qu’il n’y a rien de traditionnel ni d’authentique… mais ça n’a rien à voir avec le sujet :la self-défense… D’un autre côté, et le coeur du problème, c’est que, compte tenu que ces écoles s’appellent “authentiques” et portent un nom japonais, elles se pratiquent en keiko-gi (habit d’entrainement), dô-gi (habit de pratique du dô… jûdô, aikidô, karate-dô, budô, kendô), karate-gi (habit pour pratiquer le karate), jûdô-gi (habit pour pratiquer le jûdô), vo-phuc (habit d’entrainement des arts martiaux vietnamiens), etc… sur des surface protégées (tatami, parquet) dans un contexte protégé (professeur connu, élèves connus). On va donc pratiquer des techniques dans un milieu relativement protégé. Or pour la self-défense, d’un point de vue psychologique ce n’est pas ce qu’il y a de mieux. Ca donne des certitudes à l’élève au niveau de l’efficacité de ses techniques, certitudes qui n’existent pas de façon réaliste en situation avec le stress d’une agression. De plus l’élève est dans un milieu protégé, même si l’exercice de mise en situation lui apporte une certaine pression psychologique, l’élève est dans un milieu sain, stable et sécurisé… il pratique avec des gens qu’il connait, dans un lieu qu’il connait, il ne se sent pas en danger, et il pratique en vêtement d’entrainement après avoir fait un échauffement. Quel serait la réaction pour le même exercice en vêtement de ville sans échauffement, avec un sac, une mallette, un costard pour les hommes et un tailleur pour les filles (habit qu’on ne souhaite pas déchirer et abimer car on va au travail),  des gens inconnus à la mine patibulaires, ou au look stéréotypé, dans un endroit glauque et lugubre, sur un terrain peu stable?

Sans compter que les vêtements modernes (t-shirt en été, blouson en cuir en hiver, ou autre), sont difficilement manipulable pour quelqu’un qui a l’habitude des keikogi, karategi, jûdôgi, dôgi… Alors qu’un T-shirt peut-être une excellent arme pour celui qui se défend, contre celui qui attaque et porte le T-shirt. Mais pour manipuler un T-shirt ou le textile moderne, il faut l’apprendre, et le pratiquer, et la pratique en keikogi ne le permet pas. Bref, la self-défense n’est pas si simple et les arts modernes de synthèse dit “traditionnels” n’en montrent qu’une petite partie. Les arts authentiques et traditionnels ont une approche différente basée sur le long terme. Ce qui est gênant pour qui cherche une efficacité relative à court terme, ou qui cherche à se sentir rassuré à court terme.

Je voudrais pratiquer un art traditionnel mais qui prépare à la self-défense, que faire?

Le choix n’est pas restreint, il y a de nombreuses écoles traditionnelles pas seulement japonaises qui préparent efficacement à la self-défense et pas que sur un plan technique. Par exemple il est de coutume traditionnelle de travailler en arnis/kali/eskrima les armes longues en premier (bastone) pour aller vers les armes plus petites (couteau) et finir à mains nues. L’approche du combat de l’arnis/eskrima/kali, même s’il n’incluent pas forcément de préparation psychologique à part entière est très réaliste et surtout contemporaine. Tous les instructeurs que j’ai pu avoir m’ont toujours tenu un discours commun qui établit que lors d’un affrontement contre une personne armée d’un couteau, il fallait s’attendre à être coupé. Le principe des défenses d’arnis/eskrima/kali est qu’il convient d’offrir à l’agresseur les parties non mortelles et n’entrainant pas de conséquences irrémédiables pour soi, donc offrir le dos de l’avant bras, plutôt que l’intérieur où se trouvent des vaisseaux sanguins importants et beaucoup de tendons. Le fait de prévenir qu’une défense contre couteau implique une très haute probabilité de blessure est un discours réaliste et pragmatique. Plusieurs professeurs m’ont déjà expliqué que face à un agresseur armé d’un couteau et qui est prêt à tuer, le pourcentage de survit est faible (20/30%), si l’on est armé soi-même d’un blouson, d’un baton, d’un sac, le pourcentage augmente très légèrement (40/50%) et si l’on se défend en utilisant nous même un couteau et que l’on sait un minimum s’en servir on passe à une survit supérieur mais pas totale (70/80%)… Conclusion, si on se défend d’un agresseur armé d’un couteau en ayant nous même un couteau, le pourcentage de survit n’est pas total et il implique aussi qu’on ait la maitrise de l’art. Il est évident que ces pourcentages sont approximatifs et dépendent à la fois de la volonté de l’agresseur, de sa maitrise de son arme et de notre propre maitrise. Mais si dans le discours on sait que se sortir indemne de ce type d’agression est faible, on voit déjà un autre aspect de la défense personnelle. Il est rare que dans les écoles classiques on parle de blessures potentielles malgré une bonne défense. L’approche du kali/eskrima/arnis montre aussi qu’on se défend mieux contre une arme lorsque l’on sait s’en servir. Le discours  de blessures potentielles, montre la réalité de la violence potentielle d’une agression et d’un affrontement physique.

D’autres écoles à la pratique plus rude comme les écoles traditionnelles de plein contact offrent aussi des possibilités intéressantes pour la self-défense à court terme. Déjà la pratique du KO et de l’habitude à frapper pour mettre KO, l’habitude de recevoir du contact et surtout d’en donner et d’enchainer sans s’arrêter à une seule ou deux attaques, apporte des qualités primordiales pour la protection personnelle. Ainsi les écoles de boxes (boxe française, boxe anglaise, boxe thaïlandaise, etc…) offrent des dispositions intéressantes et notamment l’absence d’inhibition quand à frapper quelqu’un, mais aussi l’habitude de recevoir des coups et de sentir la douleur de l’impact. Ce qui permet d’enlever la peur de toucher le partenaire et la peur d’être touché. Il arrive souvent que des pratiquants de certains styles perdent leur contenance suite à un coup reçu, ou une douleur ressentie suite à un coup… Ou même que ces mêmes pratiquants arrêtent leur frappe par peur de toucher et de faire mal. Les pratiquants d’arts de contact, ont l’habitude et sont familiers avec le contact, et donc ne sont plus bloqués par cela. Si on regarde des arts traditionnels okinawaiens comme l’Uechi-ryu, on peut y voir une école tout à fait adaptée pour la défense personnelle: travail main ouverte, travail de saisies fortes par renforcement des tendons, travail de renforcement du corps, travail de plein contact, techniques dévastatrices non dissimulées dans les kata et directement applicables, etc. En effet, le pratiquant de Uechi-ryû a moins d’appréhension à frapper, utiliser les saisies fortes, piquer la gorge ou l’entre-jambe, piquer les yeux, déchirer la peau en griffe de tigre en application directe des kata et hojo undô. Le tout en situation puisque ça fait partie de sa forme de corps de base. De plus les compétitions sportives d’Uechi-ryû se rapprochent plus du combat de rue que la plupart des compétitions d’autres sports de combat médiatisés tels le jûdô ou le sundome karate (à la touche) ,compte tenu des règles (en Uechi-ryû: plein contact au corps et aux visages, saisies, coups de coude, coup de genoux, frappe au visage au poing mais mains ouvertes, combat au sol, le tout sans protection aucune… pour la compétition internationale de Tôkyô). Il est vrai que ce qui a été dit précédemment reste vrai, le Uechi-ryû ne prépare pas psychologiquement à prendre un choix autre que l’affrontement dans son entrainement traditionnel. Mais la dureté de l’entrainement de l’Uechi-ryû fait que la pratiquant a une psychologie différente du pratiquant qui n’a jamais connu le contact et le stress qui y est lié, et de ce fait, il dégage de lui quelque chose qui ne le fait pas passer pour une victime potentielle après des prédateurs urbains. Mais si j’ai pu remarquer cela chez les pratiquants d’Uechi-ryû, de boxes, je l’ai vu aussi dans les arts martiaux modernes ou traditionnels japonais sans contact. Mais pour ces derniers il s’agissait de gens ayant un certain état d’esprit ou un niveau de pratique assez élevé. Je reste persuadé qu’à court terme, un pratiquant de sport de contact (boxe anglaise par exemple) sera plus à même à se défendre qu’un pratiquant d’arts “traditionnels” qui se veulent de “self-défense”. Évidemment ça dépend aussi de la personne. Toutefois par la façon dont le combat est abordé et par l’aspect psychologique et au niveau du mental, tels que cela est travaillé en entrainement, les arts de contact (de plein contact) apportent quelque chose que le travail de techniques dites de self-défense venant des arts sans contact ne pourra pas apporter. Ca n’enlève en rien le fait que la gestion pré-agression, les exercices de gestion de stress ne sont pas abordés non plus dans ces écoles traditionnelles de contact. Par contre elles apportent un plus au niveau mental et psychologique qui ne se retrouve pas dans les écoles modernes, de synthèse, dites “traditionnelles” qui surfent sur la vague de la self-défense mais pratiquent un art de développement personnel et de perfectionnement technique. En situation d’agression et de protection personnelle, le mental est quelque chose de très important.

Quoi qu’il en soit un spécialiste de la self-défense nous a fait remarquer que la garde, la forme de corps du Uechi-ryû était spécialement adaptée à la protection personnelle moderne. De même que de nombreux styles chinois, sino-vietnamiens, vietnamiens basés sur certains animaux, qui utilisent des formes naturelles du corps humains et instinctives. Cette expert nous a dit : “il est plus facile d’adapter une pratique à des réflexes et des formes ancrées en nous, instinctives et innées, qu’à rendre des techniques instinctives par la pratique”. Ce qui fait que les arts proche de l’instinct humain, des réflexes innés seront toujours plus aisés à utiliser au niveau de la défense personnelle que des arts qui ne sont pas anatomiquement ou pratiquement logiques qu’il faudra travailler longtemps et assidûment pour les intégrer de façon automatique afin que leur mise en oeuvre devienne un réflexe.

Conclusion

Evidemment tout ceci n’est pas une généralité. Il n’y a pas de mauvais arts martiaux, et l’efficacité d’un pratiquant en situation de protection personnelle n’est pas obligatoirement liée à l’art pratiqué, mais à la façon et à l’optique dans lequel la personne le travaille. Toutefois, si on prend une personne protégée longtemps par ses parents, ayant vécue dans un cocon la majeure partie de son enfance et adolescence, qui n’a jamais vraiment eu à se confronter au monde réel et à la violence urbaine, qu’elle soit auditive, verbale, olfactive sera nettement plus à même de se protéger et de réagir face à une agression en faisant un art de plein contact qu’un art traditionnel pratiqué à la façon d’un budô pour le développement personnel.

Ceci dit, il s’agit simplement de mon intime conviction et mon avis personnel et n’est en aucun cas LA vérité… Il y a toujours des exceptions, et évidemment chaque enseignant n’a pas la même optique dans son enseignement, et chaque pratiquant n’a pas le même but dans sa pratique… Ce n’est pas parce que vous ferez du judo-jujitsu que vous ne serez pas efficace… tout dépend de l’optique dans lequel on vous l’enseigne et comment on vous l’enseigne et surtout comment vous appréhendez l’enseignement. Et ce n’est pas non plus parce que vous ferez du FISFO ou de l’ADAC que vous serez forcément efficace, surtout si dans votre tête, la pratique reste un jeu… Mais j’attire l’attention sur le fait que la self-défense ce n’est pas faire plein de technique et les répéter en cours… il y a d’autres travaux importants que l’on ne retrouve pas souvent dans les écoles soit-disantes traditionnelles et qui font la différence entre un art efficace et un art de techniques efficaces. Si les techniques sont efficaces ça ne veut pas dire que la défense le sera…

  4 Responses to “La self-défense”

Comments (4)
  1. Salut
    C’est avec un grand intérêt que j’ai pu lire cet article. Souhaitant pratiquer de la self defense, je me suis renseigner sur les différents clubs et écoles près de chez moi. Je pensais vėritablement m’orienter vers le krav maga, phėnomène de mode du moment. Et puis au final, je me suis orienté vers un dojo de goyu ryu shoreikan qui propose des sėances de self. C’est l’esprit traditionnel, authentique qui m’a attiré. Je pense suivre ces cours pendant un an ou plus, puis me mettre au karaté shoreikan si je vois que j’en suis capable. Donc cet article m’a effectivement confirmé dans mon choix, en me rapprochant d’un art traditionnel.

  2. Bonjour,
    Je viens de découvrir votre article
    Je suis élève en boxe de rue ADAC depuis 5 ans.
    Une fois par semaine.
    Depuis un an je complète par un cours de judo semaine .
    Je voulais savoir si le judo était utile en self car j’aime bien le côté sportif et traditionnel de celui ci.
    Je peux le libérer un troisième soir semaine. Vaut il mieux ajouter un cours jujitsu japonais traditionnel, un cours de boxe anglaise ou un cours boxe thaï, ou faite une seance de musculation ?
    Objectif restant self défense.
    Merci

    • Bonjour,

      Merci pour votre message… mais je doute que ma réponse vous atteigne, car vous avez fait il me semble une erreur dans votre email d’inscription.
      Je ne suis plus instructeur et encore moins instructeur de self-défense. Ma pratique est le Uechi-Ryu et l’application en self-défense me convient parfaitement et est pour moi très complète.

      Je n’ai pas de réponse toute faite. l’ADAC de Eric Quequet est une discipline complètement axée self-défense, telle que le FISFO de Charles Joussot, le RDS de Vincent Rocca, ou la Bose de Rue de Robert Paturel. Ou également à un autre niveau l’Académie Franck Ropers de Franck Ropers (qui enseigne le traditionnel). Ces méthodes sont toutes excellentes et je ne peux qu’en dire beaucoup de bien. Là, si je devais en parler, je ne pourrais que les encenser et surtout mettre les fondateurs de ces disciplines en haute estime… Le problème c’est qu’il me faudrait des pages et des pages pour dire à quel point elles sont géniales et à quel point le fondateur est incroyablement bon, compétent, technique, etc… Et je n’ai malheureusement pas le temps pour un tel article.

      Vous avez choisi l’ADAC, c’est très bien, et excellent. Comme vous aurez pu le constater, ces disciplines se suffisent en elles-mêmes pour la self-défense. Mais… il y a toujours un mais… les fondateurs, en faisant leur méthode étaient déjà à ce moment des artistes martiales de très haut niveau, des combattants, des guerriers d’expérience. De ce fait rajouter un sport de combat en plus de cette pratique peut être utile.

      Mais lequel choisir?

      Je pense que le mieux est de demander à votre instructeur… En partant de la forme de corps qu’il essaye peut-être de vous donner, il y a peut-être plus d’intérêt à vous faire faire une école plus proche de cette forme. Par exemple Eric Quequet est un ancien boxeur de boxe française et savate, peut-être que l’orientation de sa pratique siéra plus à la pratique de la boxe française sportive…

      Dans tous les cas, la compétition sportive dans les arts martiaux est un atout pour la self défense. Elle permet de taper, donner, recevoir, et surtout gérer du stress. On peut être très bon sur le tatami, et se retrouver bloqué dans la rue… Le fait de faire des compétitions de monter sur un tatami, c’est excellent pour apprendre à gérer du stress, et surtout rencontrer d’autres pratiquants, qui veulent vous vaincre, et pas les habituels potes de tatami.

      Pour le judo sportif (et traditionnel) en complément d’une pratique self-défense, je ne peux en dire que du bien, surtout pour la partie travail au sol, que beaucoup de disciplines de self-défense travaillent moins, car aller au sol c’est dangereux, et c’est souvent fatal (surtout si plusieurs adversaires).
      La boxe thailandaise est excellente aussi… sans doute ma pratique traditionnelle martiale préférée après le Uechi-Ryu. Là vous apprendrez à faire des vos atemis des techniques puissantes et redoutables.
      Concernant le jujutsu traditionnel, ben… lequel? voir mon article: https://shinryu.fr/2302-jujutsu-traditionnel.html
      En gros, ça dépend de l’école… dans beaucoup de jujutsu soi-disant traditionnels, vous ne ferez que du judo avec du mauvais karate.
      Donc autant partir sur une discipline qui a un côté compétition et aller en compétition, c’est très très formateur!!!!
      Sinon avec de l’ADAC, pourquoi pas de la savate? Il y a aussi la savate défense pour le côté self-défense de la boxe française…

      Mais au final, demandez l’avis à votre enseignant, il sera plus à même de vous aider et indiquer ce qu’il faut faire, et vous donnera un argumentaire.

      Amicalement
      Jack

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