Avr 022011
 

bu

 

Il y a quelques temps, j’avais fait un article sur le budô. Et j’avais traduit le kanji 武 (bu) de la façon habituelle que l’on trouve dans la littérature:

La derivation du kanji ‘bu’ est compliquée, Mais il est important de comprendre sa signification. Il y a une première signification historique (cf plus haut), et bien sûr une interpretation moderne. Le Kanji est fait de deux (tome et hoko) ou trois (tome, ni et hoko) constituant kanji (il n’y a pas de consensus absolu):

止 (とめ, tome) – stopper, arrêter (interprétation moderne) ou pied, avance, marche (signification historique)
二 (に, ni) – deux
戈 (ほこ ,hoko) – lance de fantassin, halebarde japonaise (lance large-à lames avec la barre transversale)

La signification historique était ‘avancer avec une lance de fantassin’ , ou simplement, ‘guerre’. La signification du premier kanji ‘tome’ a été altéré à travers les années, et la signification moderne est ‘arrêter’. Cela a déclenché une réinterprétation du ‘bu’ comme ‘arrêter la lance’, ou ‘arrêter deux lances’. La signification moderne est donc ‘arrêter la violence’, ou ‘prévenir le conflit’.

Or il y a une autre interprétation qui semble plus juste. Elle est donné par Taoiste Ambulant, un membre du forum Kwoon Info


Arrêter la lance?

C’est, en effet, la définition la plus courante que l’on retrouve pour le caractère 武, Wu3, de Chine au Japon, d’Asie en Europe, de blogs en forums.

Bon, même si c’est un peu se battre contre des moulins, il est intéressant de revenir sur celle-ci, car elle est un exemple plus que révélateur (la définition même du terme martial), des nombreux contresens qui plombent la théorie martiale, tous pays et langues confondues (y compris et compris et surtout ceux d’origine, la Chine et le Chinois en l’espèce).

Reprenons donc les trois éléments de la définition de 武 que l’on retrouve le plus souvent (les liens sont par préférence de disponibilités des définitions en anglais ou chinois):

1. Le caractère est composé de deux radicaux.
2. Celui du haut est , il signifie hallebarde ou lance.
3. Celui du bas est , il signifie arrêter, stopper.

Donc:

1. 武 est composé de deux radicaux, 戈 et 止.
Oui, mais, en fait le caractère moderne 武 est composé de trois radicaux, , et 止.
La définition est donc incomplète. Pour le moins, il serait sympathique d’expliquer pourquoi on passe de trois radicaux à deux, qu’est-ce qui rend la combinaison 弋 et 止 plus justifiable que 一, 戈 et 止?

2. 戈 a le sens d’hallebarde.
C’est un problème que l’on retrouvera de façon encore plus évidente dans le 3. Comme pour toute langue, le sens d’un caractère peut changer au fur et à mesure du temps. Or 戈 a étymologiquement le sens de houe ou de hache. La question est donc de savoir quand est-ce que l’on veut considérer le sens d’un caractère.

3. 止 a le sens d’arrêter.
Étymologiquement, il a le sens de pas, ou de trace de pas, ou de pied.

C’est ainsi, qu’étymologiquement, on considère que 武 a le sens de marcher avec une arme (pas et hache) ou d’avancer avec une arme, définition qui est à l’opposée de celle que l’on voit le plus souvent.
Ces définitions étymologiques ne prennent pas en compte une possible série 一 , 弋 et 止. Ceci s’explique tout naturellement par le fait que les premiers caractères, oracles, étaient simplement composés de 戈 en haut et de
止 en bas (comme ici). Ceci justifie donc totalement le fait que l’on considère que la combinaison 一 , 弋 soit, en fait, juste une façon pratique d’écrire 戈 au dessus de 止.

De même, une autre explication (non étymologique) que l’on retrouve est que 武 n’est pas composé de 戈 et 止 mais de 戈 au dessus et en dessous comme dans certaines anciennes façons d’écrire le caractère, visibles ou devinables, ou composé de 戈 et superposé de (ou plus simplement de 正), les deux traits horizontaux, 一, de 戈 et les deux du haut de (ou un si l’on prend à la place) , pour des raisons de simplicité d’écriture, se superposent pour n’en devenir qu’un.
Quoiqu’il en soit, et ayant le même sens, la deuxième explication serait que 武 veuille dire manier la lance de façon correcte ( ayant le sens de correct, bon).

Donc, arrêter la lance, une fausse définition?

Là aussi, il faut tempérer le propos. “Arrêter la lance” correspond à une évolution du sens du terme, peut-être influencée, assez tôt, par une nécessité de moraliser un peu la vie guerrière, donner une dimension philosophique à des pratiques barbares, et certainement une récente (le siècle dernier) destinée à présenter les arts martiaux comme des pratiques politiquement correctes, pacifiques.

Et il est important pour le pratiquant de connaître toutes les dimensions possibles de la définition de 武 au sens martial, de son sens originel (sans aucune implication morale ou technique), “manier une arme”, de son sens plus artistique ou technique, “manier correctement une arme”, et d’un sens un peu moralisateur, celui que l’on retrouve de nos jours un peu partout, “arrêter la lance”. Ces sens ne sont pas seulement un jeu intellectuel, ils correspondent aussi à des types précis d’entraînements.

Et il en est ainsi de beaucoup de notions dans les arts martiaux qui se voient imposées une seule grille de lecture au nom de principes soit-disant communs, limitant ainsi les possibilités de réflexion des pratiquants, réduisant la richesse originelle des pratiques proposées par ceux-ci.


En effet si on regarde la définition de bu dans le dictionnaire japonais Kanjigen (漢字源), on peut y lire que la traduction moderne de 止 est “arrêter” mais qu’à l’origine cela voulait dire “pied” et que le kanji “bu” signifiait à l’origine “un homme à pied avec une lance”.

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